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© julie de tribolet

Finance verte: le guide de l'investissement durable

Publié lundi 3 février 2020 à 09:44
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Publié lundi 3 février 2020 à 09:44 
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Si vous voulez agir contre le réchauffement climatique, il est primordial de se soucier aussi de la manière dont vos banque et caisse de pension gèrent votre argent. Voici quelques pistes pour un placement financier durable.
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L’Alliance climatique suisse a récemment calculé que l’ensemble de la place financière suisse contribue à 22 fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que celles émises par notre pays à l’intérieur de ses frontières. Sandro Leuenberger, responsable de l’Alliance, en conclut que «la place financière est de loin le principal levier dont dispose la Suisse pour surmonter la crise climatique mondiale». Concrètement, cela signifie que si vous voulez agir contre le réchauffement climatique, il est au moins aussi important de vous intéresser à la manière dont votre banque et votre caisse de pension gèrent vos sous que d’éviter de prendre l’avion trop souvent ou de consommer moins de viande. Voici quelques pistes pour y parvenir.

>> Lire les témoignages d'investisseurs romands dans la finance verte

1. Finance éthique, finance durable: quelle différence?
Le mouvement quaker est l’initiateur des premiers investissements éthiques. Au XVIIe siècle, la «Société des Amis» américaine refusa, pour des raisons religieuses et morales, d’investir dans le commerce d’esclaves. A leur suite, d’autres financiers ont décidé d’exclure de leur portefeuille des secteurs d’activité jugés immoraux, les «sin stocks» ou actions du péché (alcool, tabac, armement, jeu, pornographie…).

Secteurs auxquels se sont ajoutés plus récemment le nucléaire ou les OGM. Outre ces critères éthiques, les clients des banques ou des fonds de pension peuvent être amenés aujourd’hui à mettre en avant des exigences environnementales excluant d’autres types d’investissement. On parle alors de finance verte.

En Suisse, ce mouvement de remise en cause des investissements dans des activités préjudiciables à l’environnement a pris de l’ampleur à la suite de la catastrophe de Schweizer­halle et la pollution du Rhin en 1986. Actuellement, la pression est très forte pour exclure les énergies fossiles, en particulier la plus polluante d’entre elles, le charbon. Quant à la finance durable, concept plus récent, elle englobe ces différents aspects éthiques et environnementaux, plus des critères sociaux comme le travail des enfants.

2. La Suisse: bonne élève ou cancre?
La Suisse a été pionnière dans le développement de la finance durable (voir encadré plus bas) et elle reste innovante au niveau de la création de produits financiers durables. Par contre, selon Amandine Favier, responsable finance durable au sein du WWF, «les banques suisses affichent un certain retard par rapport à d’autres banques européennes. En particulier dans l’intégration des critères durables dans l’octroi de crédits aux grandes entreprises et dans leur engagement public d’aligner leur portefeuille de crédit sur l’Accord de Paris.»

L’Europe, à travers le plan d’action pour l’Union européenne, fait en effet un gros effort de régulation de la finance durable en adaptant ses conditions-cadres et en intégrant des critères de durabilité dans les régulations financières les plus importantes. «En Europe, poursuit Amandine Favier, les institutions financières devront également être transparentes sur leur impact climatique, ce qui est déjà le cas pour les grandes assurances en France. En Suisse, on s’est contenté jusqu’à maintenant de mesures volontaires, dans l’attente en mars prochain d’un rapport devant établir s’il est nécessaire ou non d’adapter les cadres régulatoires.»

Ajoutons que, depuis 2017, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) mandate des tests de compatibilité climatique pour le secteur financier. Avec des résultats inquiétants: si les caisses de pension et les assurances suisses continuent sur leur lancée, elles financeront, à terme, un réchauffement climatique entre 4 et 6 degrés.

3. Peut-on concilier durabilité et rendement?
Pour Jean Laville, associé de Conser SA, une agence de conseil en investissements éthiques genevoise, «la crise du début des années 2000 a laissé des traces et les milieux financiers suisses sont longtemps restés sur l’idée qu’investir dans la finance durable allait péjorer la performance. Mais c’est justement en matière de rentabilité que la finance durable a le plus progressé ces dernières années. Aujourd’hui, ses performances sont souvent supérieures à celles de la finance classique.» «D’ailleurs, ajoute-t-il, les détracteurs de la finance durable ont renoncé à utiliser cet argument du non rentable. Ils préfèrent mettre en doute le caractère vraiment durable des investissements proposés en criant au greenwashing (écoblanchiment, ndlr).»

A contrario, certains investissements qui ont assuré de confortables profits aux milieux financiers durant des années, comme ceux engagés dans les énergies fossiles, se retrouvent aujourd’hui à risques. Si Total, en 2015, a cessé d’acheter des mines de charbon, ce n’était pas par souci écologique mais pour anticiper l’introduction possible d’une taxe de 40 euros sur le CO2 en 2030 mettant en péril la rentabilité de cette énergie fossile. Aujourd’hui, c’est Credit Suisse qui est obligé de se justifier pour ses investissements dans le charbon.

4. Que peut-on faire pour s’assurer que son argent est investi de manière éthique et durable?
«Les caisses de pension suisses détiennent plus de 850 milliards de francs, précise Jean Laville. L’OFEV a pu démontrer qu’il y avait autant de CO2 émis pour générer leurs dividendes qui paient nos retraites que celui émis pour payer nos salaires. Si cela vous préoccupe, écrivez au conseil de fondation de votre caisse de retraite pour savoir s’ils se sont engagés sérieusement dans la transition vers une finance durable.»

Pour l’argent que nous déposons en banque, le même Jean Laville nous invite à faire comme chez le garagiste: «Lorsque vous vous rendez dans un garage pour acheter une voiture, vous savez en général quel type de véhicule vous recherchez et le vendeur doit vous trouver un modèle de sa marque correspondant à vos attentes. Si votre demande n’est pas précise, il vous proposera non pas le véhicule qui vous convient mais celui sur lequel il fait sa plus grosse marge. Pareil dans une banque: il ne faut pas s’y rendre en demandant ce qu’ils ont comme produits durables mais dire qui vous êtes, les secteurs économiques où vous refusez de placer votre argent et les technologies propres que vous voulez encourager. C’est le seul moyen pour inciter les banques à innover en matière d’ingénierie financière durable et de cesser de vous proposer toujours leur unique fonds durable décliné en trois classes de risque.»

5. A quoi pourrait ressembler la banque de demain?
On aimerait pouvoir espérer que la banque de demain ressemblera à la Banque alternative suisse (BAS), le seul établissement financier gérant l’argent de ses clients de manière totalement transparente et durable. Créée en 1990 à la suite des premiers scandales boursiers, en particulier les révélations concernant le financement de l’apartheid sud-africain par des banques suisses, la BAS a commencé ses activités avec huit collaboratrices et collaborateurs. Elle emploie aujourd’hui près de 111 personnes sur quatre sites (Olten, Zurich, Lausanne, Genève) et affiche une santé financière réjouissante, à l’image d’autres banques de ce type en Europe: Triodos aux Pays-Bas, la Nef en France ou GLS Bank en Allemagne.

Ce type d’établissement ne s’adresse aujourd’hui qu’aux «true blue greens», ces citoyens engagés sur le front de l’environnement. Aux Etats-Unis, leur pourcentage dans la population totale du pays aurait bondi de 9% à 30% ces dernières années. Problème: ce modèle de banque peine à grandir.

A la suite de la grève des jeunes pour le climat, des listes d’attente ont dû être établies à Zurich pour accueillir tous ceux qui voulaient rejoindre la BAS. Principal frein au développement, la difficulté à recruter des employés auxquels on ne peut pas faire miroiter des salaires et des bonus mirobolants. A noter que, à la BAS, le directeur gagne à peine quatre fois le salaire de l’employé le moins bien payé. Celui d’UBS, 273 fois ce que touche le plus modeste de ses salariés (chiffre de 2017). On parlait d’éthique?


Quand la Suisse était pionnière...

En vingt  ans, les banques suisses créent les premières structures financières durables. Avant la récession des années 2000…

1983. Création de Nest, le premier fonds de pension indépendant s’appuyant uniquement sur des investissements durables.

1994. La banque Sarasin lance Oekostar, le premier fonds d’investissement finançant des PME responsables en matière environnementale et sociale.

1997. Deux fonds de pension suisses créent la Fondation Ethos, la voix des institutionnels pour plus de durabilité dans les entreprises suisses.

2000. Création par les fonds d’investissement Pictet du premier fonds thématique de durabilité liée à l’eau (collecte, traitement et distribution).

2001. BlueOrchard est le premier fonds dédié à la microfinance qui prête à des populations défavorisées un petit capital pour démarrer une activité économique.


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