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© julie de tribolet

Finance verte: «On sait ce qui est fait avec notre argent»

Publié mardi 4 février 2020 à 09:11
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Publié mardi 4 février 2020 à 09:11 
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Delphine, Marie-Anne et Max ont investi dans le durable et disent pourquoi ils ont placé leur argent dans une banque alternative. Quant à Cédric, il présente sa centrale de biogaz avant-gardiste cofinancée par un établissement bancaire soucieux de durabilité.
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«Je pensais que quelqu'un avait été spolié quelque part»

Max Hauri, 27 ans, est administrateur culturel, musicien et curateur.

«Il y a deux ans, j’ai hérité de mon grand-père, ancien directeur chez Nestlé, d’un portefeuille d’actions assez conséquent. J’aurais pu les laisser où elles étaient et toucher des dividendes durant des années. Mais, en désaccord avec la politique de cette multinationale, j’avais l’impression en les conservant de devenir complice. Je recevais des dividendes sans savoir d’où venait cet argent, en pensant que, quelque part, quelqu’un avait été spolié pour que je m’enrichisse. En même temps, j’aimais beaucoup mon grand-père et j’avais un peu l’impression de le trahir si je rejetais ce qu’il m’avait transmis. J’ai alors contacté la Banque alternative pour voir comment je pouvais convertir ce portefeuille d’actions Nestlé en investissements éthiques correspondant à mes valeurs. Ce qui m’a tout de suite séduit, c’est la complète transparence de cette banque en matière d’investissements, la priorité accordée aux critères éthiques dans la manière dont est placé l’argent et le choix d’investir en priorité dans la santé, le social ou l’économie durable. Il y a aussi une volonté de ne pas maximiser à tout prix les profits. En recevant chaque année, avec le rapport annuel, la liste de tous ceux qui ont obtenu des crédits auprès de la banque, par canton et par secteur, on reconnaît des gens ou des entreprises qui vous sont proches. Bref, on sait ce qui est fait avec notre argent. Pour le moment, je n’ai transféré que la moitié de mes actions à la Banque alternative, mais le reste devrait suivre. Je sais que je pourrai alors dire adieu à mes dividendes, mais je travaille et, à plus ou moins long terme, je n’aurai plus besoin de piocher dans cet argent pour vivre. Même si je cède un de ces quatre à l’envie de piquer dans la caisse pour enregistrer un album et presser un vinyle!»

>> Lire aussi, notre «Guide de l'investissement durable»


«Je soutiens le monde de demain, ça me fait du bien»

Marie-Anne Morizot, 71 ans, est thérapeute et formatrice d’adultes.

«La vie m’a appris à avoir un rapport confiant avec l’argent. A chaque fois que j’en ai eu besoin, même durant mes deux années au chômage, il s’est trouvé là. L’argent est une énergie qui doit circuler. Bien sûr, il faut se bouger les fesses, poser des actes, visualiser des intentions, aller de l’avant sur ses projets, mais l’argent finit toujours par venir. J’ai connu la Banque alternative il y a une quinzaine d’années. Y placer mon compte salaire a été une évidence. Enfin une banque innovante, tournée vers l’avenir, transparente, et qui cadrait avec mes valeurs et ma manière de vivre. Quand on défend, comme moi, ancienne soixante-huitarde, la mobilité douce, le développement durable, l’agriculture bio, les écoles alternatives, il n’y a pas d’autre option. J’ai ouvert également un petit compte épargne et je possède quelques actions et obligations. Ils ont beau ne pas avoir de guichets, ils soignent leur relation à la clientèle, qu’elle soit fortunée ou non. Et avec la très jolie carte de la BAS, je peux retirer de l’argent dans n’importe quel bancomat. Je me sens utile, je soutiens le monde de demain, je suis en cohérence, et, en plus, cet argent placé chez eux me rapporte chaque année un petit quelque chose.»


«Je savais que je faisais une croix sur l’éventualité de rendements mirobolants»

Delphine Veillon, 49 ans, cogérante du Nabi, le restaurant du nouveau pôle muséal de Lausanne.

«J’ai rejoint la Banque alternative il y a une quinzaine d’années lorsque j’ai eu à gérer un petit héritage reçu de mon grand-père. Comme toute ma famille, j’étais chez UBS, même si je ne me sentais pas en accord avec leur politique bancaire, que je jugeais opaque. Quand je les ai interrogés sur la possibilité de placer mon argent chez eux dans des fonds éthiques, ils m’ont fourni une simple feuille A4 photocopiée avec de vagues explications sur ce qu’ils offraient. Je me suis décidée alors à faire appel à la Banque alternative, sachant que par là même je faisais une croix sur l’éventualité de rendements mirobolants. Mais j’ai pu vraiment choisir les domaines dans lesquels je voulais investir, comme l’agriculture bio ou les énergies renouvelables. Histoire de me trouver enfin en accord avec l’éthique que je défends comme restauratrice. Les paysans de la région, agriculteurs et viticulteurs bios, chez qui je me rends régulièrement, sont les mêmes que ceux qui font appel à la Banque alternative quand ils ont besoin de financement. J’aime bien cette idée que ma banque soit simplement un intermédiaire entre moi et les entreprises que j’entends soutenir et pas un organisme spéculatif. Mon seul regret, c’est de ne pas pouvoir faire appel à eux pour gérer les finances du restaurant. Car ils ne disposent pas, comme La Poste, de guichets où je pourrais déposer quotidiennement la caisse.»


«L'argent est une énergie qui ne doit pas dormir»

Cédric Morier, agriculteur bio dans le Gros-de-Vaud, co-fondateur de BiomAgri SA.

François Busson
Pour quelques mois, Cédric Morier a troqué sa salopette et sa fourche contre une veste et une pelle de chantier.

Agriculteur bio à Boussens (VD), Cédric Morier crée en 2018, avec 11 collègues agriculteurs et un propriétaire de manège de la région, la société BiomAgri SA. Le but: produire du biogaz à partir d’une biomasse agricole composée de 60% de fumier de cheval provenant des manèges environnants (près de 5000 tonnes annuelles) et de 40% de résidus de récoltes, afin de générer de l’électricité et un engrais organique de qualité utilisable en agriculture bio.

La méthanisation, qui dure vingt-huit jours, s’effectuera à partir de mai prochain dans quatre digesteurs étanches d’un peu plus de 200 m3 chacun, vidés et rechargés alternativement chaque semaine. Le biogaz produit sera ensuite brûlé par un couple chaleur-force susceptible de produire en une année l’équivalent de la consommation électrique d’un village de 1000 habitants. En outre, la chaleur dégagée permettra de maintenir l’installation à 40 degrés, tandis que les gaz d’échappement du couple chaleur-force seront récupérés pour produire un surplus d’électricité. Pour Cédric Morier, «il s’agit du top de la technologie actuelle en matière d’efficacité énergétique, avec 44 unités d’énergie produites pour 100 consommées, tout en étant neutre en carbone. Dans une centrale nucléaire, on arrive péniblement à 36%, 40% pour une centrale à charbon.»

Coût de cette installation: 3,8 millions. Le projet a mis quatorze ans à se concrétiser, essentiellement parce que les banques n’ont accepté d’entrer en matière qu’à partir du moment où Cédric Morier a obtenu l’assurance de la Confédération que l’électricité qu’il produira sera rachetée à un tarif garanti durant vingt ans. C’est la fameuse RPC (rétribution à prix coûtant) mise en veille actuellement par Berne. Pour financer la moitié du coût de son installation, Cédric Morier a obtenu un prêt de la Banque alternative en 2018. Pour lui, «ce projet novateur devait bénéficier d’un financement novateur. Pour moi, l’argent est une énergie qui ne doit pas dormir sur un compte en banque mais servir à des projets utiles et durables.

Les principaux problèmes que l’on rencontre aujourd’hui sont liés au fait que l’on a voulu et que l’on continue à vouloir faire de l’argent avec de l’argent. Les gens de la BAS m’ont vraiment impressionné. Ils ont autant bossé que moi, car ils ont dû assimiler rapidement un dossier de financement extrêmement complexe.»


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