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Ingénieure forestière: la forêt pour laboratoire

Quels arbres sauront résister au réchauffement climatique? Ingénieure forestière à l’Office jurassien de l’environnement, Noémie Schaffter, 28 ans, participe en Ajoie à un projet fédéral devant apporter des réponses.

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Noémie Schaeffter, collaboratrice scientifique de l'office jurassien de l'environnement et ingénieure forestière.

L’ ingénieure forestière Noémie Schaffter sur le site jurassien du Foigeret, sur la commune de Haute-Ajoie, retenu pour le projet fédéral ébauchant les forêts suisses de demain, en lien avec le réchauffement climatique.

Julie de Tribollet
Blaise Calame

«Je travaille à l’Office cantonal jurassien de l’environnement, à Saint-Ursanne, où je m’occupe plus spécifiquement de sylviculture et notamment de l’adaptation de la forêt au changement climatique. Je suis ingénieure forestière – oui, moi, je féminise! (elle rit) – et aussi l’interlocutrice jurassienne pour le projet «Plantations expérimentales d’essences d’avenir» développé à l’échelle du pays par l’Institut fédéral de recherches sur la forêt (WSL).

Lancée en 2017, cette vaste étude envisage les forêts de demain qui seront capables de résister au changement climatique. Au total, 59 surfaces ont été sélectionnées sur l’ensemble de la Suisse pour accueillir quelque 55 000 plants. Leur tolérance au climat sera étudiée durant trente à cinquante ans.

J’ai grandi à Rossemaison (JU), où mon papa est garde forestier. Je l’ai souvent accompagné. Aînée de trois enfants, j’ai grandi au contact de la forêt, milieu où je me sens bien. Après ma maturité gymnasiale à Porrentruy, j’ai effectué une année de stage puis étudié trois ans à Zollikofen (BE) pour obtenir un bachelor en sciences forestières. Dans ma volée, nous n’étions que deux femmes.

Dans le cadre de mes études, j’ai pu me rendre en 2017 en Russie, dans une région située au nord de Moscou, où on trouve beaucoup de bouleaux et diverses essences pionnières. La compagne d’un de nos profs était originaire de là-bas. Une chance. Même si je n’ai pas beaucoup voyagé, je trouve intéressant de découvrir d’autres écosystèmes, sachant que les essences ne connaissent pas les frontières. Certains arbres ont d’ailleurs d’immenses amplitudes écologiques!

Le domaine qui m’occupe, au sein de l’Office de l’environnement, regroupe Forêts et Dangers naturels. Il emploie une dizaine de personnes. Je partage mon temps entre la forêt et le bureau, selon la saison. Au printemps et en été, je suis souvent sur le terrain, en contact avec les gardes forestiers, mes interlocuteurs privilégiés.

Entre les villages de Chevenez et de Fahy (JU), dans le cadre du projet fédéral du WSL, nous avons aménagé une parcelle forestière représentative de la région où ployaient de vieux sapins dépérissants. Dépeupler et repartir avec une nouvelle génération d’arbres, plus diversifiés, avait du sens à cet endroit. La surface, plate, présente peu de variations au niveau du sol et de l’exposition. Une station météo y a été installée, ce qui permet de mettre en relation croissance des arbres et conditions atmosphériques.

En accord avec la stratégie nationale, il a été choisi de planter d’abord des essences indigènes adaptées à un climat plus chaud et plus sec. Des espèces exotiques, choisies pour leur potentiel de résistance et leur caractère non invasif, les ont rejointes. Huit essences au total, qui produisent toutes un bois intéressant, sont concernées par le projet en Ajoie: douglas, hêtre, sapin blanc, tilleul à petites feuilles, noisetier de Byzance, chêne rouvre, érable sycomore et cèdre de l’Atlas. Cela représente 864 plants. Chaque essence est déclinée en quatre provenances différentes, regroupées, ce qui permettra de voir laquelle est la mieux adaptée. Une visite par an au moins est prévue pour apprécier l’évolution des plants. Le garde forestier surveille, nous informe, fauche et replante, en accord avec le WSL.

Tout va très vite dans la nature. On disait du hêtre, qui est un peu le roi des forêts jurassiennes, qu’il commencerait à dépérir à l’horizon 2050, mais il est déjà en souffrance, sans être nécessairement condamné. A l’avenir, il faudra absolument éviter les peuplements uniformes et favoriser la diversité.

Est-il trop tard pour agir face au changement climatique? Je ne le crois pas. La nature est forte. Elle s’adaptera. Il y aura toujours de la forêt. Aujourd’hui, nous avons les moyens de lui venir en aide.»

 

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Par Blaise Calame Publié il y a 11 minutes