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© sedrik nemeth

KT Gorique, la «queen» de la rime, ne lâche rien

Publié jeudi 14 mai 2020 à 09:18
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Publié jeudi 14 mai 2020 à 09:18 
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Malgré le virus, la rappeuse KT Gorique inaugure son nouvel album le 15 mai. Confinée mais portée par un «flow» incessant, la Valaisanne publie sur Instagram des «remèdes» musicaux tout en réunissant 20 rappeuses dans un morceau historique.
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Volcan du lexique français, la rappeuse valaisanne brave toutes les craintes de l’industrie musicale face au raz-de-marée Covid-19. A 29 ans, KT Gorique maintient la sortie de sa nouvelle production. «Akwaba», qui signifie «bienvenue» dans de nombreux dialectes ivoiriens, est un album qu’elle cisèle depuis deux ans, composant même certaines instrumentations.

sedrik nemeth
Pour «chiller» pendant le confinement, la rappeuse écoute des livres audio. Elle s’évade aussi avec des jeux vidéo.

Alors que l’artiste romande préparait les détails de sa future tournée en Suisse, en France et même au Canada, le virus a anéanti une partie de ses concerts. «C’est super frustrant car le show, c’est vital pour présenter ses nouveaux morceaux. Si tu compares la situation au basket: t’as comme l’impression que tu t’es entraînée à fond, mais que tu ne peux finalement pas jouer le match.» Heureusement, de nouvelles dates en Europe ont été fixées à partir de septembre et en 2021. La scène, marque de fabrique de la performeuse, reste sa principale source de revenus. «J’espère que ça ne va pas trop durer pour le monde du spectacle. Mais sachez qu’on sera à fond quand tout va recommencer», jure-t-elle en se remémorant sa dernière prestation quelques heures avant la décision du Conseil fédéral en mars. «Je participais avec d’autres artistes au concert de Stephan Eicher à Lucerne. Il y avait 6000 personnes.»

>> Lire aussi la rencontre avec le patron du Paléo Festival, Daniel Rossellat

Hors de question cependant pour cette poétesse contemporaine de rester sur la touche et d’attendre uniquement les mesures mises en place pour soutenir les acteurs culturels. Dans le studio maison qu’elle a aménagé dans son appartement au cœur de Martigny, le feu sacré qui l’habite s’attise. Face à son bouillonnement d’idées résonne alors le refrain de son premier single sorti il y a quelques semaines: «Can’t stop, won’t stop, y a pas d’bouton pour me mettre off», mitraillait la chanteuse. Dans cet opus, rien n’arrête Kunta Kita, son personnage de sorcière-guerrière, qui évolue ici dans un univers postapocalyptique. «Je suis fan de science-fiction depuis toute petite. C’est mon délire», commente l’artiste. Dans les faits, rien n’interrompt le débit de KT, pas même une pandémie.

sedrik nemeth
Sur une armoire trône ses totems, dont le Prix suisse de la musique qu’elle a reçu en 2019 et les couvertures de ses anciens opus.

Fille d’une mère ivoirienne et d’un père italien, ses premières rimes, elle les a écrites à 8 ans. A 12 ans, alors qu’elle est installée en Suisse, elle devient une figure du centre de loisirs de Martigny. Entre rap et danse hip-hop.

Métisse déracinée, sa vision des deux continents lui a insufflé sa verve militante. «J’étais interpellée par les problèmes de société. J’avais besoin d’écrire sur les absurdités du monde qui m’entourait», se souvient la Valaisanne. Douée en dissertation, elle trime par contre pour avoir une belle orthographe. «Ça me gonflait d’écrire une jolie phrase avec plein de fautes», rit-elle.

En 2012, KT Gorique impressionne ses pairs en remportant une des plus grandes compétitions internationales de rap à New York. Génie du freestyle, c’était la première femme et la plus jeune compétitrice à être consacrée. Ce succès l’amène à tester le cinéma avec le réalisateur parisien Pascal Tessaud dans Brooklyn.

Celle qu’on surnomme «le couteau suisse» est douée. Elle décroche un prix d’interprétation au Hip Hop Film Festival en 2015. N’arrivant plus à suivre à temps plein ses études en travail social, la jeune femme se consacre alors totalement à son art. Elle explose professionnellement, même au-delà des frontières. 2019 est une année charnière pour la Romande qui remporte un Prix suisse de la musique tout en allumant le Hallenstadion de Zurich lors de la première partie de Nicki Minaj, la superstar américaine.

sedrik nemeth
KT Gorique a tatoué le titre de son nouvel album, «Akwaba», sur sa jambe, ce qui signifie «bienvenue» dans de nombreux dialectes ivoiriens.

Retour dans son studio aux couleurs d’un tissu rapporté d’un voyage en Côte d’Ivoire. KT Gorique a bricolé dans un coin une acoustique avec deux matelas pour enregistrer ses «Remèdes» qu’elle partage sur Instagram. Suivis par plus de 13 000 personnes, ces projets participatifs – la direction artistique est réalisée par sa communauté – cartonnent. «Si mes abonnés n’étaient pas là pour m’écouter, je serais toute seule à m’enjailler», appuie-t-elle. Comprendre s’éclater. «Pour moi, c’est important d’interagir avec eux.»

Autre élan pendant cette période inédite à la maison: conjuguer le rap au féminin. KT rassemble 20 rappeuses du monde entier (Mauritanie, Israël, Espagne, Togo, Etats-Unis, etc.) pour produire un son qui claque. «De quoi entrer dans le Guinness Book», écrivait-elle en annonçant le projet. Dans le milieu, on appelle ces rencontres un «cypher». «En réalité, ça aurait dû prendre des mois, mais là, on a tout fait à distance pendant le confinement. Elles m’ont envoyé huit mesures, chacune avec son style. C’est unique», exulte l’instigatrice de cette réunion qui va secouer les ondes ce mois-ci.

Transformer l’énergie négative en énergie positive, voilà le mantra de KT Gorique. Elle le formule d’ailleurs dans une de ses nouvelles chansons: «Combien d’entre eux voudraient m’humilier, broyer mes pieds à chaque pas/Voir s’humidifier lentement mon œil et pourtant il s’asséchera, mais fertile restera mon cœur.»


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