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L'édito

La culture doit faire le pari du grand public

Stéphane Benoit-Godet, rédacteur en chef de «L'illustré», voit le départ de Tatyana Franck de la direction du Musée de l'Elysée comme une opportunité. Les trois musées de Plateforme 10 se retrouvant sans direction, c'est le bon moment pour choisir la tournure que va prendre ce nouveau quartier des arts. Si l'art veut s'ouvrir au plus grand nombre, il s'agit de penser au chemin pour y parvenir.

Plateforme 10

Avec le départ de Tatyana Franck, directrice du Musée de l'Elysée, Plateforme 10 se retrouve vierge de toute direction à la tête de ses trois musées. 

Laurent Gillieron/Keystone

Le départ de Tatyana Franck de Photo Elysée soulève des questionnements au-delà du cas personnel de la directrice. Avec une professionnelle au profil international engagée jeune, il ne faisait aucun doute que le canton de Vaud avait misé sur une femme de talent mais qu’elle ne resterait pas éternellement à la tête de l’institution. Et c’est tant mieux. Aucun dirigeant de lieu culturel n’a vocation à rester en place au même endroit trop longtemps.

La situation de Plateforme 10 s’avère inédite. L’ambitieux projet culturel vaudois – 100 millions d’investissement – piloté par Patrick Gyger va commencer ses opérations en juin 2022, vierge de toute direction à la tête de ses trois musées. L’occasion d’un reboot simultané pour ces maisons et, en même temps, une chance pour celui qui chapeaute l’ensemble. L’ancien dirigeant de la Maison d’Ailleurs à Yverdon et du Lieu unique à Nantes aura ainsi toute latitude pour composer un casting idéal.

Se posera alors la question de la nature du pôle muséal, d’un point de vue tant artistique que marketing. A l’avenir, irons-nous voir dans la capitale vaudoise la dernière expo de Photo Elysée, du Mudac ou du MCBA ou plutôt nous balader au petit bonheur la chance dans un quartier des musées où l’on sait qu’il y aura forcément quelque chose d’enrichissant et de plaisant à glaner? Si l’art veut s’ouvrir au plus grand nombre, cette dernière piste apparaît comme la plus séduisante et n’indique aucunement qu’il faudrait reculer sur l’exigence de qualité.

Cette capacité d’ouverture vers le grand public caractérise tout ce qui a manqué à la Cité de la musique à Genève. Ce projet s’articule autour d’un don de plus de 200 millions d’un discret et bien connu mécène. Cette somme gigantesque flotte dans l’air et personne ne sait si elle va finir par accompagner ou pas une nouvelle ambition soutenue par le Conseil d’Etat.

A Genève comme à Lausanne, les responsables de ces projets doivent toujours garder en tête un impératif: l’art maintient une société debout s’il est véritablement populaire. Sinon, il ne s’agit que d’un outil de plus au service d’une élite.

Par Stéphane Benoit-Godet publié le 24 novembre 2021 - 09:04