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Société 

La Suisse, de «terre d’asile» à pays raciste

En janvier dernier, des experts de l’ONU ont dénoncé le racisme systémique sévissant en Suisse. Un rapport officiel sortira en septembre, décrivant le profilage racial et la culture du déni. La communauté afro-descendante milite pour un futur plus inclusif.

Manifestation racisme

En janvier dernier, des experts de l’ONU ont dénoncé le racisme systémique sévissant en Suisse.

Salvatore di Nolfi/Keystone

Non, faire face au racisme n’est pas uniquement le quotidien des personnes noires aux Etats-Unis ou en France. Au début de l’année, une délégation de spécialistes mandatée par l’ONU alerte sur la situation en Suisse. Ici aussi, les discriminations tapissent la société, que ce soit au niveau de la justice, de l’emploi, du logement, des soins ou encore de l’éducation. Un rapport complet envoyé au Conseil des droits de l’homme est attendu pour septembre prochain. Un compte rendu qui ravive l’héritage colonial d’une Suisse qui tente parfois d’y échapper.

Mais aujourd’hui le silence n’est plus une option. La tragédie de George Floyd, père de famille tué par un policier blanc en 2020 aux Etats-Unis, a changé les paradigmes. Plus proche de chez nous, le drame de Morges qui a vu un jeune Zurichois, Nzoy, mort sous les balles d’un agent en août 2021, a ravivé un sentiment local d’injustice. Le mouvement Black Lives Matter s’amplifie. Le 2 avril à Lausanne marque la reprise des manifestations pour mettre en lumière les violences policières envers les personnes racisées. Selon les chiffres d’une étude démographique publiée en 2009 par l’Université de Neuchâtel avec le soutien de l’Office fédéral des migrations, il y a 26% d’afro-descendants d’origine subsaharienne à Genève, 20% dans le canton de Vaud, 5% à Neuchâtel. Cela signifie que, dans certaines régions de Suisse romande, une personne sur quatre serait ciblée par les autorités.

Dans une approche davantage basée sur le vécu, la journaliste Rachel M’Bon et la cinéaste Juliana Fanjul signent le documentaire «Je suis Noires». Un film à fleur de peau sur des héroïnes, non pas des victimes, projeté en avant-première au Festival du film et forum international sur les droits humains de Genève. Ces témoignages sensibles prouvent la diversité des profils de Suissesses noires, fortes et engagées en 2022. Pour le voir, rendez-vous le 25 mars au cinéma CityClub à Pully ou le 22 mai sur la RTS.

Aujourd’hui, alors que le cinéma mais aussi la pop culture mettent enfin en avant des personnages afro-descendants loin des clichés traditionnels (que ce soit dans les dessins animés ou les séries TV) et que certains médias publient des couvertures plus diversifiées, l’actualité de la guerre en Ukraine rappelle que les discriminations sous-jacentes refont très vite surface. Les réfugiés noirs qui fuient le conflit sont victimes de racisme aux frontières. Y compris à leur arrivée dans notre pays, qui a longtemps bénéficié d’un statut de terre d’accueil. Une double peine.

Je suis noires
DR

«Je suis Noires», un documentaire produit par Akka Films, de Rachel M’Bon et Juliana Fanjul, à voir le 25 mars au CityClub à Pully (VD) et le 22 mai sur la RTS.

Par Jade Albasini publié le 23 mars 2022 - 08:24