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© Art Streiber / AUGUST

Lady Gaga, voix de tête

Publié dimanche 3 mai 2020 à 11:00
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Publié dimanche 3 mai 2020 à 11:00 
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Trente-cinq ans après le Live Aid, Lady Gaga, chanteuse excentrique et engagée, a offert au monde le premier giga-concert de l’ère confinée, pour remercier les soignants. Portrait d’une diva présente sur tous les fronts.
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Les Rolling Stones en apothéose, Stevie Wonder, Paul McCartney, Taylor Swift, Elton John, Billie Eilish, Sam Smith et, côté francophone, Céline Dion, Christine and the Queens et Angèle: l’appel de Lady Gaga, à l’origine de «One World: Together At Home», premier giga-concert de l’ère confinée organisé avec l’ONG Global Citizen, a été entendu par quelque 70 stars. «Rangez vos portefeuilles et profitez du spectacle que vous méritez tous», avait lancé la veille Lady Gaga, dont l’objectif initial, contrairement au Live Aid en 1985, n’était pas de récolter des fonds, mais simplement de dire merci au personnel soignant. Cela n’a pas empêché les dons d’affluer. Au total: 128 millions de dollars récoltés pour l’OMS!

OHWOW
Lady Gaga est à l’origine du giga-concert en ligne «One World: Together At Home» qu’elle a coorganisé pour remercier les soignants. Ouvrant les feux le 18 avril, elle a interprété «Smile» de Nat King Cole. Tout un symbole.

Connue pour ses excentricités, Lady Gaga – Stefani Germanotta pour l’état civil – a imaginé cette parenthèse inédite. Pour se consoler peut-être d’avoir dû reporter sine die la sortie de «Chromatica», son sixième album, puis contrainte de fêter seule son 34e anniversaire, le 28 mars... La chanteuse s’est fendue d’un gros chèque pour l’America’s Food Fund, qui distribue des repas aux nécessiteux, et a reversé aux banques alimentaires de New York et de Los Angeles 20% des revenus générés durant une semaine par Haus Laboratories, sa marque de cosmétiques, distribuée sur Amazon.

Généreuse donc, et politiquement active. Lady Gaga ne mesure peut-être que 1 m 55, mais avec ses 81,2 millions d’abonnés sur Twitter, sa voix porte. Donald Trump n’a pas été épargné... Dernièrement, c’est le président français, Emmanuel Macron, qui a été interpellé. Lady Gaga l’a exhorté à retrouver «le leadership» qui était le sien en juin 2019 lorsqu’il incitait le monde à «lever d’urgence 13 milliards de dollars pour lutter contre le sida et la tuberculose».

Son étagère à trophées est déjà bien garnie, notamment grâce au film «A Star is Born» de et avec Bradley Cooper, qui lui a offert le rôle principal.

Aînée de deux filles, pianiste dès l’âge de 4 ans, Stefani Germanotta a grandi dans une famille new-yorkaise aisée, chrétienne et conservatrice. Entrepreneur sur le web, son père, Joseph Anthony Germanotta Jr., est un fils d’immigrés italiens. Sa mère, Cynthia Louise (Bissett), d’origine québécoise, a travaillé comme assistante en télécommunications avant de devenir philanthrope aux côtés de sa star de fille.

La petite Stefani a suivi l’enseignement strict du Couvent du Sacré-Cœur, internat catholique privé que fréquentait au même moment Paris Hilton. Au lycée, celle qui écrit déjà des chansons est harcelée et surnommée «le germe» (pour Germanotta). «On se moquait de moi parce que j’avais de grands rêves», dira-t-elle plus tard.

Stefani Germanotta joue du piano depuis l’âge de 4 ans, même si ce jour-là, elle n’était guère motivée.

La musique est sa seule échappatoire. A 17 ans, elle est admise sur audition à la Tisch School of the Arts de l’Université de New York, qui n’accepte que 20 élèves par an. Pour ne plus dépendre de ses parents, elle bosse un temps comme gogo-danseuse, perdant au passage ses illusions sur la condition féminine. Elle sollicite un rendez-vous auprès d’Antonio Reid, patron du label Def Jam Recordings, qui la fait signer après l’avoir entendue chanter dans le couloir. Un conte de fées. Stefani Germanotta a 19 ans et touche son rêve du doigt, mais, très vite isolée, elle tombe entre les griffes d’un producteur véreux de vingt ans son aîné qui la viole de manière répétée. La chanteuse attendra janvier 2020 avant d’oser en parler.

Refusant de se victimiser, elle se revendique bisexuelle, mais sa souffrance la dévore de l’intérieur. Dépression, alcool, cocaïne, phases d’automutilation. Sur son corps martyrisé, on dénombre pas moins de 24 tatouages qui disent son passé douloureux, son espérance aussi. Elle reprendra pied notamment grâce à la méditation transcendantale, mais, comme si cela ne suffisait pas, la chanteuse souffre également de fibromyalgie, une maladie douloureuse qu’elle va faire connaître.

WireImage
La carrière de Lady Gaga n’est pas encore comparable à celle de Sir Elton John, qu’elle soutient sans réserve dans la lutte contre le sida.

Sa créativité, miraculeusement, ne faiblit pas. Quand le producteur Rob Fusari, qui a déjà travaillé avec Will Smith et Destiny’s Child, fait sa connaissance, le coup de cœur est immédiat et réciproque. Comparant son style vocal à celui de Freddie Mercury, défunt leader de Queen, Rob Fusari s’inspire du morceau «Radio Ga Ga» pour choisir avec sa nouvelle recrue son nom de scène: Lady Gaga. Leur rupture la fragilise de nouveau.

Sa vie amoureuse est tumultueuse. A deux reprises, elle pense se marier et renonce. Difficile de savoir si l’entrepreneur et philanthrope Michael Polansky, 42 ans, qui partage sa vie maintenant, sera le bon. Ce Californien a étudié l’informatique à Harvard avec Mark «Facebook» Zuckerberg avant que Sean Parker, cofondateur de Napster, ne le place à la tête du Parker Group, un fonds d’investissement. Avec lui, Lady Gaga semble en tout cas heureuse.

Depuis début 2020, elle est en couple avec Michael Polansky, 42 ans, qui dirige un fonds d’investissement.

Douze ans plus tôt, le bonheur était une chimère... Sans le flair du chanteur Akon, qui va produire son premier album, «The Fame» (2008), la chanteuse serait peut-être restée une pâle copie d’Amy Winehouse, avec laquelle on la confondait souvent. C’est du reste pour s’en démarquer qu’elle deviendra blonde! Porté par le tube «Poker Face», encensé par la critique, l’album «The Fame» impose Lady Gaga, désormais adulée par des millions de «petits monstres», comme elle désigne ses fans.

Au cours de la décennie suivante, la chanteuse enregistre quatre albums aux sonorités très différentes. Quatre cartons: «Born This Way» (2011), «Artpop» (2013), le jazzy «Cheek to Cheek» (2014) en duo avec le crooner Tony Bennett et l’intimiste «Joanne» (2016), dédié à sa tante, décédée d’un lupus. Le tout entrecoupé d’un nouvel épisode dépressif, consécutif à une fracture de la hanche mal diagnostiquée, durant lequel Lady Gaga écrira des chansons pour les autres, Britney Spears et Jennifer Lopez notamment.

FilmMagic
La fameuse robe en viande qui fit scandale en 2010, imaginée par les stylistes Nicola Formichetti et Franc Fernandez.

Plutôt discrète sur le plan musical depuis 2016, Lady Gaga a consolidé son empire. Sur le modèle de la Factory d’Andy Warhol, elle a imaginé le collectif Haus of Gaga, qui se charge d’élaborer ses tenues. Souvenez-vous de la fameuse robe en viande, créée pour dénoncer le traitement réservé aux homosexuels au sein de l’armée américaine. «Il ne s’agit pas d’une provocation envers les végétariens, se justifie alors la star. J’ai seulement voulu dire que si l’on ne se bat pas pour nos droits, voilà tout ce qu’il nous restera: de la bidoche sur les os.»

Fin 2018, la chanteuse revient sur le devant de la scène, à Las Vegas, où elle succède à Céline Dion. Montant du cachet: plus de 1 million de dollars par soir! Cela ne suffit toutefois pas à son bonheur. Lady Gaga veut prouver au monde qu’elle peut aussi être une grande actrice, ce qu’elle réussira grâce à l’acteur Bradley Cooper, qui lui confie le premier rôle d’«A Star Is Born» (2018). La Gaga impressionne – elle décroche même un Oscar... mais pour la chanson «Shallow». Elle sera néanmoins en tête de distribution du prochain Ridley Scott («Alien», «Gladiator»), consacré à l’assassinat du couturier italien Gucci.

A.M.P.A.S. via Getty Images
Son étagère à trophées est déjà bien garnie, notamment grâce au film «A Star is Born» de et avec Bradley Cooper, qui lui a offert le rôle principal. On les voit ci-dessus en marge de la cérémonie 2019 des Oscars.

Insatiable et égocentrique, Lady Gaga se distingue des autres stars par sa générosité. Pour l’anecdote, quand elle apprend, peu avant Noël 2011, que son chauffeur va devenir papa, elle lui offre un an de couches-culottes!

Au printemps 2012, épaulée par sa mère, elle a créé la Born This Way Foundation, qui offre un précieux soutien aux adolescents en détresse. Un combat parmi d’autres.

Véritable icône gay, Lady Gaga lutte pour la reconnaissance des droits de la minorité LGBTQ, y compris en Russie, dont elle a taxé le gouvernement de «criminel», elle soutient les écologistes face à la déforestation et aux gaz de schiste, défend la cause des migrants, soulage les sans-abris, plaide pour les victimes de violences sexuelles et conjugales.

La chanteuse finance aussi la lutte contre le sida et la recherche contre le cancer, dénonce le trafic d’êtres humains et ne manque pas une occasion de défendre les libertés d’expression et d’informer. Courageusement, elle revient souvent à la charge pour réclamer le durcissement de la réglementation sur les armes à feu aux Etats-Unis.

D’une générosité rare, Lady Gaga travaille notamment en étroite collaboration avec l’Unicef. On la voit ici fin 2012 dans le township de Soweto, près de Johannesburg (Afrique du Sud).

Ambassadrice de l’Unicef, Lady Gaga vote démocrate. Elle a refusé le million de dollars que le Parti républicain lui offrait pour chanter lors de sa convention en 2012! Nombreux sont les pays qui rêvent de la bâillonner, la Chine en tête – qui ne lui pardonne pas de s’être rapprochée du dalaï-lama –, l’Indonésie aussi, où elle apparaît aux yeux des fondamentalistes musulmans comme une «destructrice de la foi». Lady Gaga s’en fiche et assume.

S’il fallait la comparer avec une autre star américaine connue pour l’indépendance de ses prises de position, ce serait avec Jane Fonda, éternelle révoltée à 82 ans, qui vient de s’installer à Washington pour mieux se faire entendre. On ignore si Jane Fonda a hérité d’une fleur à son nom, mais elle la mériterait pour ses croisades. Lady Gaga, elle, peut s’enorgueillir d’avoir déjà sa propre fougère, originaire du Costa Rica. Son nom? Gaga Germanotta.

On voit ici Lady Gaga (à g.) avec sa petite sœur Natali, 28 ans, et sa mère Cynthia.

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