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Huis clos II

«De l’art de porter un petit meuble et de faire une petite pause…»

Deuxième volet de la chronique «Huis clos» de l'humoriste romand Thomas Wiesel, sur l'art de meubler et un air de déménagement.

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Laura Gilli

Confinement, semaine 2. J’ai cette sensation bizarre que ça fait trois fois plus longtemps, mais aussi que c’est passé très vite, tellement les souvenirs se mélangent et les journées se ressemblent. Hier j’ai regardé un film, avant-hier j’ai fait un bain. A moins que ce ne soit l’inverse. Peu importe. Il faut bien que les journées passent. Donc on meuble. Et si vous êtes comme moi, deux fois par semaine, ça se fait en écoutant le Conseil fédéral.

Je pense que, pour une fois, quasi l’entier de la population suisse va être capable de nommer plusieurs conseillers fédéraux. Surtout Alain Berset, au four et au moulin, et à l’exception d’Ignazio Cassis, pour qui un avis de recherche devrait être bientôt publié.

Mais cette semaine, même le Conseil fédéral s’est mis à meubler un peu. Ils ont doublé le nombre de conférences de presse, et après avoir tout donné mercredi, avec un double album collector, face A: Ueli et les banquiers, puis face B: Guy & Alain font le point. Du coup, deux jours plus tard, ils ont fait face à un syndrome bien moins grave que le coronavirus, mais que je connais bien, celui de la page blanche. Et là, Guy Parmelin s’est surpassé. Je suis pas dans sa tête mais je pense que ça ressemblait à peu près à ça: «Faut que je meuble… Meuble, meuble, meuble, Guy. Ah! on n’a pas parlé des déménagements encore!»

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  DR

Et le résultat, c’est une conférence de presse en direct à la télévision nationale, au milieu de la pire pandémie connue par la Suisse depuis 100 ans, qui commence par la phrase: «Le Conseil fédéral a bien réfléchi, et les déménagements restent possibles.» La question que la population entière avait aux lèvres a enfin une réponse. On doit rester chez nous, mais on peut changer de chez nous.

Le sujet était si important qu’il a occupé les trois quarts de la conférence de presse, Alain Berset ayant à peine le temps de nous mettre à jour sur la situation au Tessin: même si ce canton n’a pas respecté la loi fédérale, ils peuvent quand même rester dans la Confédération. Et surtout: «Si vous avez prévu d’aller au Tessin pour les vacances de Pâques, je vous demande de bien réfléchir et de ne pas y aller.» Heureusement qu’il a dit de bien réfléchir, moi j’hésitais, c’est quand même sublime Lugano au printemps. Et les hôtels ont cassé les prix, y a des affaires!

La parenthèse sanitaire refermée, les journalistes assaillent Guy Parmelin de questions sur les déménagements, véritable centre névralgique de cette guerre contre le coronavirus. «Comment fait-on si on peut partir de chez soi mais pas emménager dans le nouveau logement?» «Il faut voir au cas par cas.» Brillant! «Et comment respecter les mesures de distance sociale pendant un déménagement?» «Les entreprises nous ont juré qu’elles pouvaient le faire.» Et elles n’ont aucun intérêt à mentir, à part 100% de leur chiffre d’affaires des prochaines semaines.

Et cette indication finale du chef de l’Office du logement, dépêché pour l’occasion: «Si on porte un petit meuble et qu’on est à moins de 2 mètres de l’autre, après il faut faire une petite pause.» Voilà qui devrait enrayer immédiatement la progression du virus en Suisse: des petites pauses après avoir porté des petits meubles. Hâte de la conférence de presse de la semaine prochaine sur la question épineuse des pendaisons de crémaillère en temps de pandémie, que M. Parmelin nous explique combien de rouleaux de papier-toilette il est raisonnable d’apporter en cadeau. En attendant, je vais faire une petite pause.

>> Lire l'épisode I du «Huis clos» de Thomas Wiesel


Par Thomas Wiesel publié le 3 avril 2020 - 09:56