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Politique française

Le deuxième tour de l'élection présidentielle française, vu par Thomas Wiesel

Dans ce dernier épisode du vote d’à côté, Thomas Wiesel décortique pour nous les résultats du second tour des élections présidentielles de nos voisins les français. Sans surprise, Emmanuel Macron a été élu, alors que beaucoup de français ne souhaitaient pas sa victoire. Heureusement pour lui, ils désiraient encore moins avoir Marine Le Pen comme présidente. Selon l'humoriste, même le président lui-même ne semblait pas motivé à retourner travailler.

Le vote d’à côté

24 avril, soir de victoire: Emmanuel Macron est arrivé sur le Champ de Mars avec son épouse, Brigitte Macron, et une cohorte de jeunes et d’enfants. Qui étaient-ils? Selon l’entourage du président, il s’agit des enfants de membres de l’équipe de campagne et de bénévoles.

Urman Lionel/ABACA

Le scrutin présidentiel chez nos voisins s’est achevé et vous vous demandez peut-être pourquoi ils ont fait tout ce foin pour se retrouver avec les deux mêmes finalistes et le même gagnant qu’il y a cinq ans. Mais parce que c’est la France, messieurs dames, et pas n’importe laquelle, la France qui élit Emmanuel Macron à 20 heures et qui met «Macron démission» en tendance Twitter dès 20 h 05.

Il est peut-être temps pour la France de se séparer de son scrutin majoritaire à deux tours, depuis vingt ans ils passent plus de temps à voter contre des gens que pour des gens. Ce système, ça marche que dans «Koh-Lanta». Forcer les gens à choisir une personne qu’ils détestent pour éviter une personne qu’ils détestent davantage et ensuite se détester eux-mêmes pendant cinq ans parce que c’est un peu grâce à eux si cette personne leur ruine la vie, c’est bénéfique uniquement pour les ventes de Prozac et de martinets, pas pour la santé de la démocratie.

J’ai vu des gens comparer les taux de mortalité de la peste et du choléra pour expliquer pourquoi ils choisiraient Macron et pas Le Pen. Dimanche, on avait l’impression que les électeurs allaient à un enterrement, pas aux urnes, une dame s’est même habillée en tenue de deuil et pleurait au moment de voter. D’après un sondage avant le deuxième tour, 21% des Français ne souhaitent la victoire ni de l’un ni de l’autre. Donc si y avait l’option «une météorite détruit l’Hexagone et empêche la tenue du scrutin», un Français sur cinq aurait coché ça. Grosse ambiance.

Mais je comprends qu’ils en aient marre, c’est la troisième fois qu’ils vivent à peu près le même scénario. Un membre de la famille Le Pen passe le premier tour, la France est horrifiée. On voit des articles comme «Les 30 raisons pour lesquelles Marine Le Pen est d’extrême droite» alors que deux semaines avant c’était plutôt «Les 12 fois où Marine a parlé de ses chats de façon trop meugnonne».

>> Lire aussiMarine Le Pen, comment elle a mené son clan aux portes du pouvoir

Suivent les fameuses tribunes des stars françaises, avec Jean-Pierre Papin, Zazie et Guillaume Canet qui expliquent à quel point ils sont fâchés contre Macron, outrés par son programme, déçus par son quinquennat et vont voter pour lui. Pas content! Pas content! (Mais Macron). C’est uniquement pour faire barrage à Le Pen. Avec tous les barrages qu’ils font à chaque fois, pourquoi relancer le nucléaire, l’énergie n’est pas un problème: ils ont 12 fois l’équivalent de la Grande Dixence, désormais.

Personne ne semblait content, hier. Même à la fête de victoire de Macron, il y avait autant de journalistes que de supporters. Ils devaient avoir un peu peur que les gens soient pas assez démonstratifs, car un DJ poussait la musique à coin pour donner l’impression que c’était la fiesta. Pour le grand bonheur des plateaux télé délocalisés là-bas qui s’efforçaient d’interroger des ministres par-dessus le bruit, en hurlant tel un envoyé spécial au Macumba: «Monsieur le ministre des Transports, je vais commander un mojito, vous voulez quelque chose?»

Les journalistes en étaient réduits à analyser la playlist: «On entend derrière moi «One More Time», de Daft Punk, «one more time» qui veut dire «encore une fois» en anglais et c’est pour symboliser le deuxième mandat d’Emmanuel Macron.» Merci pour cette analyse pointue, on revient vers vous quand ils passent «We Are The Champions» pour une nouvelle traduction instantanée. Je n’invente rien.

Du côté de Marine Le Pen, elle s’est vantée de ses résultats record, mais comment la croire vu qu’elle n’avait pas imprimé de feuille A4 avec les preuves dessus? Y a des traditions qui se perdent.

Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour ont fait des discours aussi, alors qu’on rappelle qu’ils sont éliminés depuis deux semaines. Mais y a les législatives qui arrivent donc il faut continuer de se montrer un max à la TV. D’ailleurs, Mélenchon appelle ça le troisième tour de la présidentielle et espère surfer sur sa vague pour avoir le plus de sièges possible et garder les militants motivés. C’est malin, mais faudra quand même admettre à un moment que la présidentielle est terminée. Quand il sera candidat à «Danse avec les stars» en danger d’élimination, il ne pourra pas dire chaque semaine: «C’est le 11e tour de la présidentielle, faisons bloc ensemble pour remporter la coupe et combattre les idées de Fauve Hautot!»

Zemmour, lui, n’a pas dit grand-chose, à part que c’est la huitième fois que la famille Le Pen perd une élection présidentielle. Le mec a loué un lieu, installé des caméras, convoqué les journalistes juste pour se foutre de la gueule de Marine sur plusieurs générations. Et ensuite lui proposer de bosser ensemble pour les législatives. C’est le type qui vient chez toi, regarde tes photos au mur en disant: «Oh, putain, ils ont l’air con tes grands-parents! Et ce bébé moche, c’est ton neveu? Je me demandais, tu peux m’aider à déménager?»

C’est vrai que ça commence à faire un joli score pour les Le Pen. D’ailleurs, Marine a essayé de se défaire au maximum de l’héritage de son père et de faire oublier son nom de famille. Sur les affiches, les tracts, dans les meetings, elle ne mettait que son prénom, se disant: «Ça fonctionne pour Beyoncé et Angèle, pourquoi pas pour moi?»

En fin de soirée, après avoir fait poireauter tout le monde dehors pendant quasi deux heures, y compris tous ses ministres (et Manuel Valls, présent au premier rang avec des CV mis à jour et des lettres de motivation personnalisées histoire de se trouver un poste), Emmanuel Macron débarque sur le Champ de Mars, en marchant avec sa femme et 30 gamins, on aurait dit un mélange entre une course d’école et les photos de vacances de Brad Pitt et Angelina Jolie. Y a cinq ans, il a fêté avec Magic System, là il a voulu inviter tous les enfants qui ont raté le casting des Kids United.

Même Emmanuel Macron semblait pas ultra-motivé à l’idée de retourner faire le job pour lequel il se fait pourrir par tout le monde. Mais apparemment, il a entendu la colère des Français et compris le message disant que sa politique avait pas été très populaire; il lui a fallu deux scrutins nationaux, parce que jusque-là les Français l’avaient exprimé de façon très discrète donc il était pas au courant. Du coup, il a annoncé qu’il allait tout faire différemment les cinq prochaines années par rapport aux cinq dernières. Tel cet ex toxique qui revient et promet qu’il a changé, et deux semaines plus tard reprend exactement le même comportement.

Quant à la France, elle est plus divisée que jamais. Dans toute cette campagne, il y a une seule chose sur laquelle les Françaises et Français ont su se mettre d’accord, c’est de se foutre de la gueule de Valérie Pécresse et de son appel aux dons pour rembourser ses 5 millions de dette de la campagne. Tout le monde s’y est mis, Jean Lassalle lui a envoyé un chèque de 10 euros, Philippe Poutou a proposé de lui prêter sa Peugeot, dimanche, un électeur a glissé un bulletin Pécresse qu’il avait gardé du premier tour avec une pièce de 10 centimes collée dessus. Il a fait la queue une heure et sacrifié son vote juste pour cette vanne, et ça vaut la peine. Comme quoi nos voisins savent encore se mobiliser et s’unir pour les causes importantes. C’étaient les 5 millions d’euros les mieux investis de l’histoire de la Ve République; Valérie Pécresse a foiré sa campagne, mais elle a peut-être sauvé la France, merci Valoche.

Et merci à tous d’avoir suivi cette campagne avec nous, bon quinquennat sous Temesta, les voisins!

PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE 2022

Le vote d’à côté avec Thomas Wiesel: Le dénouement de la campagne

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Dimanche, Emmanuel Macron a remporté le second tour de l’élection présidentielle en battant Marine Le Pen avec plus de 58% des suffrages. Thomas Wiesel revient sur la grande, mais aussi la petite histoire de cette dernière soirée présidentielle. Damien Piscopiello
Par Thomas Wiesel publié le 26 avril 2022 - 09:36