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Artisanat

Le sgraffite, un art gravé dans la tradition en Engadine

De loin, on les croirait peintes. Mais les magnifiques maisons d’Engadine sont ornées de sgraffites, résultat d’un travail artistique minutieux et cultivé avec soin. Rencontre avec un artisan passionné qui livre les secrets d’un savoir-faire ancien venu d’Italie et riche en symboles.

Paulin Nuotclà travaille comme sgraffiteur et restaurateur depuis quarante-cinq ans.

L'art décoratif du sgraffite trouve son origine dans la Renaissance. C'est un type de gravure qui repose sur la réalisation d'ornements en grattant délicatement une surface à base de crépi à l'aide d'une spatule, d'un clou ou d'un compas.

Romeo Polcan

Visages ailés, têtes de dragons toute langue dehors, nymphes aux seins nus et à la chevelure ondoyante, poissons inconnus au registre piscicole ornent les habitations de l’Engadine. Les façades arborent aussi des motifs plus simples: rosettes, vagues ou épigraphes parfois d’inspiration religieuse, visiblement destinées à contrebalancer l’exubérance de certaines représentations. A 66 ans, le spécialiste des sgraffites Paulin Nuotclà décrit non sans admiration ses prédécesseurs comme des «dingues de la décoration murale».

Paulin Nuotclà travaille comme sgraffiteur et restaurateur depuis quarante-cinq ans.

Paulin Nuotclà travaille comme sgraffiteur et restaurateur depuis quarante-cinq ans. Son métier? Prof de dessin.

Romeo Polcan

De loin, on dirait des décorations faites au pinceau. Mais à y regarder de plus près, on constate souvent que les motifs sont en trois dimensions, gravés dans le crépi. Autrement dit, ce sont des sgraffites, terme tiré de la langue italienne qui parle de sgraffiare pour «gratter». C’est à partir du XIVe siècle que cet art décoratif atteint un sommet à Florence, d’où il va se répandre dans toute l’Italie mais surtout en direction du nord, où les bâtisses seigneuriales sont embellies de sgraffites. Et c’est au XVIe siècle que les premiers motifs gravés ornent les façades d’une des vallées habitées les plus hautes du continent, l’Engadine. Des artisans y pratiquent d’abord un art appris plus au sud, puis le perfectionnent en troquant les formes rigides contre un style plus échevelé.

A 17 ans, Paulin Nuotclà s’est mis au service de Constant Könz, un des grands maîtres du sgraffite. Avec une telle passion que, plus tard, son métier de prof de dessin ne sera plus qu’une activité accessoire. Son premier sgraffite sur la maison de ses parents à Ftan donne naissance à une vocation et à d’innombrables autres décorations sur tout le haut plateau et en Basse-Engadine.

Pour Paulin Nuotclà, «La faute la plus impardonnable, c’est… de faire une faute»!

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Par Bettina Bono publié le 26 avril 2022 - 08:59