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© Apochroma Fotografie

Michelle Gisin, le visage de la victoire

Publié mercredi 6 janvier 2021 à 08:45
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Publié mercredi 6 janvier 2021 à 08:45 
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Cheffe de bande dans une équipe suisse de ski alpin redevenue la meilleure du monde, Michelle Gisin, 27 ans, vient de monter deux fois sur le podium d’un slalom spécial. Effaçant une malédiction de dix-huit ans.
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Si les humains n’étaient pas indésirables au bord des pistes, les toupins suisses résonneraient à toute volée et les aires d’arrivée éclateraient des si ethniques «Engelberg gratuliert Michelle!». Las, virus oblige, Michelle Gisin et les autres sourient dans un désert neigeux.

Mais ces sourires sont immenses. Jamais depuis le début de ce siècle l’équipe nationale de ski alpin n’avait autant gagné. Sacrée meilleure nation la saison dernière, alors qu’elle n’était encore que sixième en 2013, la Suisse mène de nouveau ce classement, avec plus de 600 points d’avance sur l’éternelle rivale, l’Autriche.

S’il lui fallait une fée, elle viendrait effectivement d’Engelberg. Michelle Gisin, jeune sœur de deux ex-champions, Dominique et Marc, incarne ce mélange de tradition familiale et de moderne décontraction. Elle aime «Twilight» et «The Big Bang Theory», elle arbore en public un naturel de Miss, qu’elle aurait aimé devenir quand elle était petite fille.

Volubile et extravertie, elle passe l’été près du lac de Garde avec son ami italien, le géantiste Luca De Alipandrini, qui a construit une salle de musculation rien que pour eux. Surtout, Michelle ne rime jamais avec gamelle: elle ne tombe pas. Lors de sa troisième place à Zagreb, elle a fini sa 44e manche sans être éliminée, plus de quarante minutes à se moquer de l’alignement complexe des piquets.

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Le 29 décembre, Michelle Gisin est portée en triomphe par son équipe après son succès au slalom de Semmering. Huit ans qu’elle attendait une première victoire en Coupe du monde!

En passant, elle a brisé la dernière fatalité du ski suisse. Le 29 décembre dernier, trois semaines après que Marco Odermatt a fait pareil pour le géant masculin, elle a décroché cette victoire en slalom féminin qui se refusait aux lattes helvètes depuis l’an de grâce 2002 et le succès de Marlies Oester. Extraordinairement malheureuse, sa collègue Wendy Holdener l’avait souvent frôlée: elle a échoué 13 fois à la deuxième place et 11 fois à la troisième…

Il fallut la montagne magique de la Zauberberg, à Semmering (Autriche), pour que le charme soit vaincu. Michelle Gisin l’a dévalée devant les meilleures du monde, Liensberger, Shiffrin, Vlhova. Elle a retrouvé les mêmes le 3 janvier, pour terminer sur le podium d’une piste croate où elle n’avait jamais fait mieux que septième, en six tentatives. On lui parle du général de la Coupe du monde, un jour.

Le slalom fut son premier coup de foudre, «une relation amour-haine, où l’amour l’a finalement emporté», dit-elle. En 2011, en juniors, elle subit une rupture du ligament croisé, le mal des skieurs, qui la prive de pistes pendant une année. A son retour, elle craint la vitesse. Elle-même abonnée aux blessures, c’est pourtant sa sœur Dominique, championne olympique de descente en 2014, qui la rassure. L’aînée détaille chaque passage, explique, conseille. Dès 2016, Michelle s’y attelle, ajoute descentes et super-G à son catalogue. Elle est récompensée aux JO de 2018, championne olympique du combiné sans avoir gagné en Coupe du monde.

Dernier avatar à surmonter, la chute terrifiante de son frère Marc, en décembre 2018, à la descente de Val Gardena. Son «super-héros», qu’elle considérait comme «indestructible», ne s’en relèvera pas. Traumatisé, il annonce en novembre dernier qu’il raccroche ses skis à la patère de la nostalgie.

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Apochroma Fotografie/Apochroma.ch
En 2018, pour L’illustré-Sport, Michelle Gisin s’amuse pendant une heure au photomaton.

La polyvalence est devenue le but de Michelle. Les différences entre les disciplines la fascinent même si, reconnaît-elle, «il faut plus de temps pour être gagnant». Elle, il lui a fallu huit ans, et 145 départs. Entre-temps, elle a appris à vivre avec un grand titre. Après l’or olympique, elle a éprouvé ces moments où, confie-t-elle dans L’illustré-Sport, «du jour au lendemain, tout le monde vous aborde. Cela devenait gênant, au point qu’il m’est arrivé d’aller régler la note au restaurant avant la fin du repas. Une championne olympique se voit tout offrir. C’est sympa, mais un peu étrange.»

Peu à peu, elle a dû redevenir la cadette très aimée d’une famille folle de ski, dont les parents tiennent un commerce de sport à deux pas de la célèbre abbaye bénédictine. Un souvenir de Dominique raconte cette jeunesse: «Au ski, Michelle nous accompagnait toujours avec son doudou. Notre père la portait toute la journée. A un moment, elle tombait tellement de fatigue qu’elle s’endormait n’importe où, mais elle était heureuse.» Ce bonheur d’enfant, elle l’exprime aujourd’hui.


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