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Disparition d'Alessia et Livia

Missing Children pousse pour faire évoluer l'alerte enlèvement

Aujourd’hui encore, la question se pose de savoir pourquoi l’alerte enlèvement n’a pas été déclenchée lors de la disparition des jumelles Alessia et Livia en janvier 2011. Le dossier évolue lentement, et Missing Children Switzerland plaide pour un outil plus souple et une plus grande collaboration avec la police.

DISPARITION JUMELLES

Image des jumelles Alessia et Livia «vieillies» par un logiciel, publiée en 2020 par l'association Missing Children Switzerland.

Missing Children

Pourquoi n’a-t-on pas déclenché l’alerte enlèvement après la disparition des jumelles de Saint-Sulpice? La Suisse dispose de ce dispositif fédéral géré à Berne depuis 2010 en collaboration avec les cantons et mobilisant tous les moyens d’information disponibles, mais ne l’a, à ce jour, jamais utilisé, contrairement à la France qui l’a déclenché une vingtaine de fois.

Jessica Jaccoud, présidente du Parti socialiste vaudois et avocate, reste persuadée qu’on aurait eu une chance de retrouver les jumelles vivantes si on l’avait utilisé. «Je ne m’explique pas que notre pays ne l’ait jamais actionné. Cela doit être lié à notre mentalité, on a tellement peur de déranger pour rien, c’est très suisse. Et puis, en 2021 comme en 2011, il y a toujours cette idée qu’un enfant ne risque pas grand-chose s’il est en compagnie d’un proche, alors que toutes les études montrent le contraire.»

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Le Grand Conseil vient d’approuver le rapport du Conseil d’Etat publié à la suite du postulat de la députée Jessica Jaccoud en 2015. Béatrice Métraux, conseillère d’Etat chargée de la Sécurité, a admis que l’enlèvement des jumelles «a été un échec pour la police cantonale» mais que «de nombreuses mesures ont été prises depuis», comme l’engagement systématique d’agents de liaison auprès des membres de la famille.
«L’alerte enlèvement est une procédure complexe avec des critères précis, le mécanisme est lourd, je comprends qu’on puisse hésiter à l’enclencher», admet Julien Délèze, avocat notaire à Sion. Il a analysé le système en comparaison internationale en 2013 sur mandat de Missing Children Switzerland lorsqu’il était assistant à l’Université de Lausanne.

Jessica Jaccoud

Jessica Jaccoud, avocate et députée vaudoise.

Keystone

Proposant diverses pistes pour améliorer le système, notamment une plus grande ouverture aux réseaux sociaux. Deux postulats déposés aux Chambres fédérales proposaient des assouplissements dans ce sens. Le Conseil fédéral est entré en matière en ce qui concerne l’étendue de l’alerte enlèvement aux adultes en 2018. A l’époque de la disparition des jumelles, explique encore l’avocat, si c’était un parent détenteur de l’autorité parentale qui enlevait l’enfant, ce n’était pas considéré comme un délit pénal. La jurisprudence a changé. En 2015, le Tribunal fédéral a admis qu’on peut enlever son enfant même si on détient l’autorité parentale. Pour l’homme de loi, cette mesure n’est pas sans rapport avec le drame de Saint-Sulpice.

La superficie de la Suisse explique aussi la difficulté à manier cet outil, la frontière étant si vite passée. Néanmoins, la police vaudoise était à quelques minutes de le déclencher, il y a deux ans, avant que l’on ne retrouve la personne disparue. L’outil évolue avec son temps. L’alerte enlèvement va être intégrée en 2021 dans l’application Alertswiss, qui sera elle-même relayée par celle de MeteoSwiss, téléchargée par 4 millions de personnes. Aujourd’hui, 50 000 internautes utilisent déjà la page Facebook de la police vaudoise. Un avis de disparition peut en quelques minutes toucher 500 000 personnes, indique Jean-Christophe Sauterel, son porte-parole.

AFFAIRE DES JUMELLES LIVIA ET ALESSIA

Lucie Zimmitt, directrice générale de Missing Children Switzerland.

DR

Lucie Zimmitti, directrice de Missing Children Switzerland, plaide quant à elle pour la création d’un outil intermédiaire de diffusion, plus rapide, notamment au niveau des gares, des transports publics, qui permette aussi d’associer les réseaux sociaux et le public qui ne demande qu’à aider. Se désolant encore que, lors d’enlèvements d’enfants dans un cadre parental ou de fugues, il n’y ait toujours pas d’avis, de photos publiées, de sollicitations publiques au niveau de la police fédérale, qui n’a pas de pages dédiées aux disparitions en cours. «Rien n’est centralisé. On est dans un système où il y a peu de visibilité, pas de statistiques nationales. Si on ne mesure pas le phénomène, on n’a pas de ressources pour la prévention. Actuellement, les outils existent, mais ils ne sont efficaces que dans la mesure où on a déjà localisé l’enfant ou le jeune disparu.» Elle milite pour une collaboration plus active de son organisme avec la police.

En Belgique, les intervenants de son alter ego, Child Focus, ont un accès direct au Ministère public. «Il reste un grand travail de sensibilisation à faire auprès des instances dirigeantes de la police.» On apprend que, en Suisse, c’est la police valaisanne qui se montre la plus collaborative avec la fondation créée par Irina Lucidi. «Nous ne sommes pas en compétition avec la police, mais un outil complémentaire pour récolter des informations parfois plus rapidement que par les canaux officiels, car inclus dans deux réseaux mondiaux regroupant 56 pays.»

Par Patrick Baumann publié le 28.01.2021
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