Aller au contenu principal
Publicité
© Laura Gilli

«Moi, je veux bien aller à l’école!»

Publié vendredi 22 mai 2020 à 08:54
.
Publié vendredi 22 mai 2020 à 08:54 
.
Dans le neuvième volet de sa chronique «Huis clos», l'humoriste romand Thomas Wiesel commente la rentrée scolaire. Et se verrait bien s'y mêler.
Publicité

La période qu’on traverse est particulièrement difficile pour les enfants. Après des années à leur dire: «Lâche cet écran et va jouer dehors avec tes copains», depuis deux mois, on leur dit: «Va surtout pas dehors, essaie de terminer YouTube.»

Et maintenant, les écoles ont rouvert un peu partout, avec des pages et des pages de protocole théorique impossible à faire respecter sauf à se transformer en sergent instructeur de «Full Metal Jacket»: déjà que c’est difficile d’empêcher une classe de 20 élèves de manger leur gomme ou de se mettre des chewing-gums dans les cheveux, essayez de les empêcher de se toucher ou de s’approcher à moins de 1 mètre. Et se tenir à l’écart des autres élèves, je le faisais pendant trois semaines dès que j’étais dans une nouvelle classe parce que j’osais parler à personne, et franchement, c’est pas cool.

>> Voir le reportage photo sur l'étrange rentrée des petits Romands

 

Les Chinois ont comme d’habitude une longueur d’avance, avec des masques même pour les tout-petits et des chapeaux avec des branches pour éloigner les autres. Brillante idée si toutes les portes font 2 mètres de large, sinon on passe la journée à décoincer les gamins. Une image de France a fait le tour du monde: des enfants dans une cour de récré qui sont cantonnés chacun dans son carré tracé à la craie. Faut pas être le premier à être le loup, sinon tu vas galérer un moment.

>> Voir la galerie de photos: «De l'art de tenir la distance sociale»

J’ai énormément de compassion pour les profs qui doivent faire appliquer ces règles. On enlève beaucoup d’humanité à ce métier, qui n’a déjà pas été simple ces derniers mois. Du jour au lendemain, devoir se réinventer en prof à distance, donner des devoirs, les corriger, apprivoiser la vidéoconférence, alors que j’ai des souvenirs de profs qui galéraient quinze minutes pour faire marcher le rétroprojecteur, ça relève de l’exploit. Exploit plus ou moins bien réussi selon les profs, il y a ceux qui ont développé des apps sur mesure ou sont devenus des stars de YouTube, et ceux comme cette prof qui a mis un miroir face à sa webcam car elle n’arrivait pas à faire un partage d’écran. Mais que celle ou celui qui n’a pas voulu casser au moins une fois son ordinateur pendant son télétravail lui jette le premier spam.

On entend aussi beaucoup de parents qui refusent de remettre leurs enfants à l’école. Fini le temps où les écoliers font semblant d’avoir de la fièvre pour rester à la maison, désormais les parents veulent garder les enfants à la maison pour éviter qu’ils aient de la fièvre. Une mère interviewée par Le Temps nous dit: «Je refuse de jouer à la roulette russe avec mes enfants.» Ça, je crois que de façon générale, c’est une bonne idée, je sais qu’on tient aux armes en Suisse, mais quand même. Avoir un enfant, c’est l’exposer à une multitude de risques, et la difficulté d’être un parent, c’est de pondérer ces risques, le seul moyen de tous les éviter étant de laisser l’enfant dans l’utérus, mais ça fait vite étroit.

 

La science en apprenant constamment sur ce nouveau virus, il est difficile d’en vouloir aux parents plus inquiets que d’autres. Mais heureusement, certains sont là pour les calmer, comme Jean-Michel Blanquer, ministre français de l’Education, qui a déclaré cette semaine qu’il y avait «plus de risques à rester chez soi qu’à aller à l’école».

Heureusement que ça fait deux mois qu’on nous dit qu’il faut rester chez soi pour être en sécurité! Je sais pas si les parents vont tous laisser leurs enfants retourner à l’école, mais moi, c’est sûr que je vais trouver un cartable et j’y vais. Et pas question de rentrer chez moi à la fin des cours, je vais dormir dans la salle de gym. Et je me fabrique une cage avec les espaliers. J’ai jamais compris à quoi ils servaient, de toute façon. 

>> Lire la chronique de la semaine dernière: «On va pouvoir jouer nos spectacles dans les avions?»

>> Lire aussi l'interview de Thomas Wiesel: «J'ai adopté un rythme de vie plus serein»


Publicité
Publicité
Publicité

Newsletter L'Illustré Recevoir la newsletter L'Illustré