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Chronique

«On aura eu un tout petit moment de vie normale…»

Dans sa chronique hebdomadaire, l'humoriste romand Thomas Wiesel passe en revue les nouvelles qui nous font penser que le mal et le semi-confinement sont derrière nous... Et c'est là que c'est dangereux.

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Thomas Wiesel dans la vie normale. Valentin Flauraud

Les derniers chiffres de nouvelles infections au coronavirus en Suisse, repartis à la hausse, invitent à la plus grande prudence et laissent planer le spectre d’une deuxième vague. Pourtant, avant ces derniers jours, on avait largement l’impression que tout ça était derrière (ce qui explique sans doute pourquoi ça ne l’est pas, le respect des gestes barrières étant devenu aussi optionnel que le clignotant en sortie de giratoire). D’ailleurs, à lire la presse de près, en ce mois de juin, la vie normale avait quasi totalement repris, et après des mois de titres anxiogènes sur la pandémie et de situations inédites et perturbantes, ça faisait du bien de retrouver des actualités beaucoup plus habituelles et banales, de celles qui nous confortent dans un cocon de déjà-vu et de familier.

Par exemple, chez nous, UBS aurait caché l’argent d’un dictateur (épisode 112), Pierre Maudet doit s’expliquer sur un scandale (épisode 15), le Conseil fédéral fait tout pour éviter de se fâcher avec le puissant lobby des assurances (épisode 218) et la Confédération a perdu plusieurs millions dans un projet informatique (épisode quasi mensuel).

Mais aussi le PDC qui veut laisser tomber le C de Chrétien (chut, que personne ne leur dise rien), Federer qui se fait opérer du genou, Djokovic qui se fait détester de tous les joueurs, enfin on retrouve des repères! Xamax qui perd 6-0, Sion qui vire son entraîneur, Lausanne qui décide que sa saison s’arrête deux mois avant les autres, Shaqiri qui gagne un trophée sans jouer. Ça, on connaît, on se sent tout de suite mieux!

Pareil en France, Patrick Balkany se fout de la gueule du monde, une usine chimique prend feu à Rouen, l’OM va être vendu, on est déjà mardi? Ont également pu reprendre les manifs (contre les violences policières, puis pour les violences policières) et la grève (pour une fois, elle n’est pas couverte 24h/24 par BFM TV, parce que c’est une grève des employés de BFM TV). Et Paris Match a pu arrêter de parler des différents deuils de célébrités dus au Covid-19 (RIP la nièce du voisin de Josiane Balasko et le paysagiste de M. Pokora) et peut enfin nous mettre à jour sur la saga mondiale qui nous concerne tous: l’héritage de Johnny.

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Dans le monde, la Corée du Nord a fait exploser un truc quelque part, les gouvernements italien et allemand se disputent (ça, c’est plutôt bon signe pour nous, historiquement, c’est quand ils étaient d’accord que ça sentait le roussi), la pollution aux particules fines est de retour dans les villes, il a fait 38 degrés en Sibérie, on peut acheter des billets d’avion pour n’importe où en Europe pour 12 balles et 1 kilo de farine, on s’en bat de nouveau les steaks au tofu du climat, là, on est en territoire familier, ça fait plaisir!

Côté people, Gwyneth Paltrow vend une bougie à la senteur orgasme, après celle parfumée au vagin (j’aimerais voir la gueule des chimistes à chaque fois qu’elle appelle avec une nouvelle idée), Mel Gibson perd un rôle pour propos antisémites, Bastian Baker s’est laissé pousser la barbe, Kylie Jenner a posé dans un bikini transparent, Lolita Morena a mal digéré ses pâtes aux morilles, et dire qu’on a osé se plaindre de nos vies difficiles!

Culture, la restauration d’un tableau en Espagne s’est de nouveau attiré la risée du globe, visiblement les restaurateurs là-bas ont la même formation que les chirurgiens des Bogdanoff. Et George R. R. Martin nous dit qu’il va bientôt sortir son prochain bouquin. On peut lui faire confiance, c’est que la 26e fois qu’il dit ça. Un auteur qui aime bien tuer tous ses personnages n’a pas eu besoin d’aller très loin pour retrouver l’inspiration, il a juste regardé les nouvelles.

Je croise les doigts et j’espère que le nombre de reproduction du virus, le fameux R0, va bientôt imiter le nombre de partenaires sexuels de Daniel Brélaz avant 40 ans et repasser en dessous de 1, mais si c’est pas le cas et que l’épidémie repart, au moins on aura eu ces quelques semaines de normalité, avant de repartir dans la science-fiction.

>> Lire la chronique hebdomadaire précédente: «Devenir riche avec son téléphone»


Par Thomas Wiesel publié le 3 juillet 2020 - 08:49