1. Home
  2. Actu
  3. Digital Valley Suisse: Pascale Vonmont, la digitalisation jusqu'au bout du doigt

Digital Valley Suisse

Pascale Vonmont, la digitalisation jusqu'au bout du doigt

Elle se permet d’offrir des millions. Pascale Vonmont est la directrice de la Fondation Gebert Rüf, qui soutient les formations en numérisation. Elle explique qui peut toucher des fonds et pourquoi elle participe à la recherche de la vallée la plus digitale de Suisse.

Pascale Vonmont, Gebert Ruef Stiftung, Digital Valley, Edu Lab, Basel, 2021, Fotos Geri Born

Pascale Vonmont (à gauche) et Monika Schatte (à droite), responsable de l’EduLab, à Bâle. «Ici, les enfants peuvent faire leurs expériences.»

Geri Born

Dix heures du matin dans le quartier ouvrier du Petit-Huningue, à Bâle. L’EduLab ressemble à une grande salle de classe, mais il n’y a ni tableau noir ni enseignant. Ici, les enfants peuvent expérimenter tout seuls selon leur envie et leur humeur: des scies, du matériel de bricolage et un microscope sont à disposition. Mais il y a aussi plus moderne: la digitalisation. Comment cela se concilie-t-il? Pascale Vonmont, CEO de la Fondation Gebert Rüf, qui soutient des projets encourageant la formation des enfants en numérisation, nous l’explique.

>>  Participez à notre opération «Digital Valley suisse 2021» via notre plateforme dédiée

- A quel point êtes-vous digitalisée?
- Pascale Vonmont: Je porte la digitalisation à mon doigt.

- C’est-à-dire?
- Cette bague mesure mes pas, mon pouls, mon sommeil. C’est à la fois un bijou et un traceur de santé.

- Et ça vous sert à quoi?
- Je recours à la digitalisation quand cela me permet de gagner du temps ou d’automatiser quelque chose. C’est ainsi que nous procédons aussi dans notre fondation. Nous n’y sommes que cinq, si bien que nous réfléchissons souvent à ce que nous pourrions optimiser.

- Vous êtes donc sous pression?
- Non. Je trouve beau de réfléchir à ce qu’on pourrait faire mieux.

- Etes-vous du genre à être constamment sur votre smartphone?
- Non, quand je vais me coucher le soir, je le laisse au vestiaire.

- Notre entretien se déroule ici, à l’EduLab, qui a été soutenu par votre fondation. Que représente ce lieu?
- Nous sommes ici dans un quartier défavorisé de Bâle. A l’EduLab, les enfants apprennent et expérimentent tout seuls. Ils doivent s’accrocher, endurer des frustrations et arriver quand même au résultat.

>> Lire aussi notre interview de Marcel Salathé:  «Notre retard numérique est dû à un blocage psychologique»

Pascale Vonmont

Pascale Vonmont est la directrice de la Fondation Gebert Rüf, institution qui soutient les formations en numérisation.

Geri Born

- Que font-ils exactement?
- Dans un projet, ils fabriquaient un toboggan à billes et nombre d’entre eux ne savaient pas auparavant ce que c’était. Pour un autre projet, ils ont cherché sur la Toile comment l’œil fonctionne et ils l’ont modélisé.

- La Fondation Gebert Rüf soutient des projets qui forment les enfants à la numérisation. Des gamins de 5 ans sont-ils censés devenir des hackeurs?
- (Elle rit.) «Ecole du futur» ne signifie pas que chaque enfant apprend la programmation. Ils doivent réfléchir de manière critique, être créatifs, communiquer et coopérer. Nous ne savons pas quels métiers les attendent, mais ils devraient en tout cas devenir des êtres responsables.

- Mais vous voulez que chaque élève ait son iPad?
- Une technologie n’est pas bonne ou mauvaise en soi. On peut utiliser des drones en agriculture ou pour faire la guerre. C’est nous qui décidons à quoi elle va servir. L’iPad est un simple outil. C’est pourquoi, avec la fondation, nous ne soutenons pas une technologie mais les enseignants.

- Les enfants doivent-ils tous avoir un téléphone portable?
- Notre fille aînée a eu tôt le sien parce qu’elle se rendait au chœur toute seule. Les enfants doivent apprendre à s’en servir.

- Mais ce n’est plus le même téléphone qu’avait reçu votre fille…
- C’est vrai, mais on peut mettre des barrières, notamment aux sites pornos, et définir avec les enfants ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire.

- Vous avez étudié les sciences naturelles. Avez-vous enseigné l’émancipation à vos filles?
- Pas moi, nous!

- Votre couple?
- Mon mari et moi, nous avons étudié, travaillé, cuisiné, fait le ménage ensemble. C’est pourquoi il ne serait jamais venu à l’esprit de nos filles qu’il pouvait y avoir là une différence.

Pascale Vonmont, Gebert Ruef Stiftung, Digital Valley, Edu Lab,

Pascale Vonmont teste des lunettes de réalité virtuelle. «Une technologie n’est pas bonne ou mauvaise en soi. C’est nous qui décidons à quoi elle va servir.»

Geri Born

- Comment avez-vous concrètement concilié vie professionnelle et vie de famille?
- Par de l’engagement, de la flexibilité et du soutien. Une minute de plus ou de moins à la maison n’importe pas forcément, mais une séance de plus ou de moins pas davantage. J’ai toujours travaillé, y compris après les naissances: je préparais les leçons pour mes élèves du gymnase et mon mari, lui, les donnait en classe (elle rit).

- Comme biologiste, vous avez étudié les «cellules souches qui se créent elles-mêmes». Y a-t-il un parallèle avec votre travail de promotrice de start-up?
- Peut-être. Pour moi, il y a un fil rouge entre formation, innovation et technique.

- Combien de fois dites-vous oui à un projet proposé à votre fondation? Et combien de fois dites-vous non?
- Nous en écartons beaucoup, souvent au téléphone déjà.

- Vous décidez au téléphone?
- Une requête écrite, c’est beaucoup de travail pour son auteur. Lorsque quelqu’un m’appelle, je peux dire au bout de trente secondes si le projet convient ou non.

- Pourquoi procédez-vous ainsi?
- Cela fait gagner du temps, à nous comme au postulant. D’ailleurs, j’ai plus de flair au téléphone. Même à l’ère du numérique, une conversation personnelle est précieuse.

- Comment vous atteint-on?
- Mon numéro de portable est sur le réseau.

- Quelles propositions vous énervent?
- Aucune. C’est ce qui est beau dans mon job. La plupart des gens qui m’appellent sont des êtres passionnants.

- Les fonds de la Fondation Gebert Rüf proviennent d’un fabricant de WC. Est-ce que parfois ça vous fait sourire?
- Pas du tout, car je juge grandiose la vision et la mission de Heinrich Gebert. Après la Seconde Guerre mondiale, il a repris une entreprise familiale en piteux état et a réussi grâce à des innovations: c’est le recours aux matières plastiques dans le sanitaire qui lui a permis de percer et de bâtir un groupe dont le succès aura été mondial. Heinrich Gebert était persuadé que la Suisse avait besoin de gens dotés d’une bonne formation et de bonnes idées.

- Quel rôle joue dans ce contexte la Fondation Gebert Rüf?
- Nous nous impliquons dans la phase où personne d’autre n’ose encore soutenir financièrement une nouvelle idée.

- Pourquoi votre fondation soutient-elle la Schweizer Illustrierte et L’illustré dans leur recherche de la Digital Valley 2021?
- Pour bien montrer que les innovations ne surgissent pas que dans les métropoles. Les villes peuvent être sursaturées. La créativité naît souvent dans les régions périphériques.

- Jusqu’à quand les fonds de la Fondation Gebert Rüf suffiront-ils?
- A peu près jusqu’en 2030. Nous allons tout dépenser. Je trouve ça génial. Nous n’allons pas financer éternellement nos propres salaires, mais bien promouvoir à pleins tubes des projets innovants!

Par Lynn Scheurer et Werner De Schepper publié le 09.06.2021