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Graines de stars - épisode 1

«Pour vivre de la musique, il faut conquérir plus grand que la Suisse romande»

Elle a le vent en poupe. Des milliers de «streams» sur Spotify et de vues sur YouTube. Des passages sur les radios internationales et des invitations dans de grands festivals de musique. Pourtant, vivre de la musique en Suisse romande reste une gageure pour elle. Portrait de Stéphane, une jeune femme déterminée.

Stéphane

«Ces jobs alimentaires me remettent les pieds sur terre. C’est logique, on ne peut pas tout avoir en claquant des doigts.», déclare Stéphane. 

Magali Girardin

«Il faut bosser, ça forge le caractère et c’est très bien comme ça»

Stéphane 24 ans, chanteuse et caissière, Genève

On la rencontre dans un café de Genève, ville dans laquelle elle a grandi au sein d’une fratrie de quatre enfants. Elle s’excuse pour sa voix plus éraillée que d’ordinaire. Les pollens lui mènent la vie dure. Pourtant, ce timbre chaud et grave la distingue. Son prénom aussi, Stéphane, que l’on réserve plutôt aux garçons. Longtemps, il a été embarrassant, elle lui préférait Sté. Jusqu’au jour où elle décide de lancer son projet musical et de l’incarner dans tous ses contrastes. Allure androgyne, assurance teintée d’humilité, rêveuse avec les Converse solidement ancrées sur terre, elle en joue aujourd’hui.

La Genevoise de 24 ans a de la peine à réaliser ce qui lui arrive. Il y a deux ans, elle terminait sa formation à l’Ecole des musiques actuelles (ETM) à Genève. Elle y a fait la connaissance de Jan Frogg, qui est devenu son producteur. Il lui a présenté son manager actuel qui, à son tour, l’a fait rencontrer l’équipe avec laquelle elle travaille dorénavant, à Paris. Tout s’enchaîne rapidement. Son premier titre, Douleur je fuis, est en passe d’atteindre les 200 000 écoutes sur la plateforme en ligne Spotify et vient d’en intégrer la playlist Grand Hit. Il est repris en boucle par les radios françaises – Virgin Radio et RTL2 en tête –, suisses et même canadiennes. Le clip a été vu par plus de 70 000 personnes sur YouTube.

Un début en trombe pour l’interprète. «On a été très surpris de l’accueil réservé à ce morceau. A la base, il ne devait pas être un single. On voulait le présenter aux médias, prendre la température et se mettre en place.» Ce premier titre revêt un caractère particulier pour la chanteuse: «Le texte a été coécrit avec mon ami Raphaël Harari à la suite d’une rupture amoureuse. En écrivant, il a pu accepter ses émotions. J’ai l’impression d’avoir pu l’aider et de grandir avec lui. Il s’est libéré de ce mal-être. C’est pour cela que l’on doit faire de la musique.»

Ce succès fulgurant, suffisant pour vivre de la musique en Suisse? «Si on a envie de faire ce métier et d’en vivre, sans avoir besoin d’un autre boulot à côté, il faut conquérir plus grand que la Suisse romande.» Les petits boulots, elle les a cumulés. Dans une sandwicherie, dans le bar de son école et dans un consulat. Actuellement, elle est employée à plein temps à la caisse d’une grande enseigne de commerce de détail suisse. Un métier éprouvant physiquement et mentalement. «Les gens nous parlent mal, nous regardent à peine, on est juste des figurants.» Elle l’avoue, la lumière et la considération, elle les cherche dans la musique.

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Travailleuse, déterminée mais patiente, elle sait que le chemin sera long. «C’est un sacrifice par lequel on doit passer. Ces jobs alimentaires me remettent les pieds sur terre. C’est logique, on ne peut pas tout avoir en claquant des doigts. Il faut bosser, ça forge le caractère et c’est très bien comme ça, confie-t-elle, philosophe. Cela donne encore plus de valeur aux autres moments, c’est précieux.»

La suite? Un EP de six titres et un album qu’elle espère pour l’année prochaine. Elle rêve de pouvoir vivre de sa passion et d’en faire son métier. D’écrire pour les autres aussi, elle qui avait des difficultés en français au collège. «Je me donnais de la peine, mais on me disait que je n’étais pas douée pour les dissertations. Cela me faisait mal au cœur. Alors écrire pour d’autres artistes, ce serait vraiment stylé. Une petite revanche.»

Par Alessia Barbezat publié le 15.07.2021