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Les coulisses d'un reportage

«T’es le photographe de Maudet?»

Raconter de l’intérieur une campagne politique, c’est le défi qu’a relevé deux fois le photographe Niels Ackermann en suivant Pierre Maudet.

Genève, Suisse, 22 février 2021. Jour du verdict. Pierre Maudet est condamné à des jours ammende pour le volet du voyage et blanchi pour la question du financement du sondage. © Niels Ackermann / Lundi13 Maudet en campagne

Le 22 février à Genève, jour du verdict pour Pierre Maudet qui est condamné à des jours amende pour le volet du voyage à Abu Dhabi, mais blanchi pour la question du financement du sondage.

Niels Ackermann / Lundi13

«T’es le photographe de Pierre Maudet.» Cette phrase, je l’ai entendue plusieurs fois, tantôt comme une question, tantôt comme une affirmation, après avoir couvert du premier au dernier jour la campagne du politicien genevois pour le Conseil fédéral en 2017. C’est la première phrase qui m’est venue en tête quand, en novembre 2020, le conseiller d’Etat, dépossédé de ses dernières prérogatives, annonçait simultanément sa démission et sa candidature à sa réélection. Pourquoi faire ce nouveau reportage? Ma motivation centrale restait la même qu’en 2017: raconter de l’intérieur comment se déroule une campagne politique hors du commun. Pas pour son acteur central, aussi flamboyant soit-il, mais pour le processus en lui-même.

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En 2017, il s’agissait d’aller au-delà du cliché éculé et bien mal nommé de la «nuit des longs couteaux» à l’hôtel Bellevue, à Berne, pour raconter les tractations et le travail de terrain d’un outsider pour séduire les parlementaires. Cette année, l’histoire est totalement différente: passé d’idole à ennemi public numéro 1, Pierre Maudet s’est lancé dans l’arène seul, sans parti, sans ressources et avec un très sérieux déficit d’image. Un combat annoncé par de nombreux médias et observateurs comme perdu d’avance. Mais c’était sous-estimer l’animal politique et sa motivation. Cette campagne s’annonçait homérique. Soit elle allait marquer un arrêt – pour un temps au moins – de la carrière du prodige de la politique genevoise, soit elle entérinerait son tonitruant retour. Dans un cas comme dans l’autre, l’histoire se devait d’être racontée!

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Niels Ackermann / Lundi13

Comme il y a trois ans, mon but n’était pas d’influencer le choix dans les urnes. C’est pourquoi vous ne découvrez ces images qu’après le jour du vote. Cette condition, voulue tant par le candidat que par moi, était la seule nécessaire pour obtenir une liberté de travail totale. Paradoxalement, j’ai rarement eu aussi peu besoin d’insister pour travailler librement qu’en baignant dans le secret de ces campagnes.

Ce qui m’a valu, et me vaudra probablement encore, l’appellation évoquée en préambule, c’est une des faiblesses inhérentes au travail sur un profil tel que le sien: du matin au soir, même après une éprouvante journée jalonnée de refus et d’échecs, l’homme ne se départit jamais de son sourire malicieux. Au point d’en devenir presque agaçant. La seule image qu’il reste possible de capter est celle d’un homme ne semblant jamais douter ni entrevoir d’autre issue possible que la victoire. Il décrit dans son livre Quarantaine pourquoi il a développé au fil du temps ce cuir épais. Un cuir néanmoins un peu émoussé par ces trois dernières années et l’affaire qui portera à tout jamais son nom.

Devant faire preuve de créativité pour aller chercher les voix dans le respect des règles sanitaires et en l’absence de nombreux relais, s’appuyant massivement sur une communication directe avec les électeurs, des réseaux sociaux aux arrière-salles de magasins, le candidat a mis en œuvre une campagne qui préfigure celles à venir. Même si le résultat n’est pas celui auquel il aspirait, son but ultime est atteint: être confirmé au pouvoir, ou démis, non pas par les médias, les réseaux sociaux ou ses ex-collègues, mais par les électeurs.

Par Niels Ackermann publié le 31.03.2021
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