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Thomas Wiesel: «J’aime la Suisse»

Après ce week-end de fête nationale, Thomas Wiesel, humoriste en télétravail, consacre cette semaine sa chronique à son amour de la Suisse.

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VALENTIN FLAURAUD / VFLPIX.COM

A l’occasion de la venue de Simonetta Sommaruga à Lausanne, on m’a proposé de prononcer moi aussi un discours du 1er Août, dont voici quelques extraits:

J’aime pas le 1er Août. Mais j’aime la Suisse. Quand je fais des blagues critiques sur mon pays, on me dit souvent: «Si tu n’aimes pas la Suisse, tu n’as qu’à partir.» Je ne suis pas d’accord, aimer, c’est justement se dire les choses.
Aimer son pays, c’est être reconnaissant de ses qualités, mais aussi souligner ses faiblesses et faire de son mieux pour les améliorer.

J’aime ce havre de paix au milieu de l’Europe, cette tranquillité qui fait que le monde peut s’effondrer autour, nous, on est là, au calme, à organiser des combats de vaches dans nos montagnes et à passer le temps en votant sur l’autorisation de vente des saucisses dans les stations-services après 19 heures.

Ce pays où sur l’autoroute, quand il y a un chantier et une limitation de vitesse, il y a aussi un panneau: «43 permis retirés depuis le début des travaux». En Suisse, même les panneaux routiers se vantent de faire respecter la loi.

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La Suisse en trois dates clés, selon Thomas Wiesel

J’aime ce pays où, quand on nous dit que la Suisse, c’est surtout des chalets, du fromage et du chocolat, on s’énerve en disant que c’est des clichés. Et ensuite on utilise des expressions comme «Ça va le chalet?» et on dépense des centaines de milliers de francs pour favoriser la création d’une émoticône fondue, dès cet automne dans vos smartphones. Et, avouons-le, le chocolat est presque une religion ici. La présidente Sommaruga racontait que, pendant la crise, des centaines de gens ont envoyé du chocolat au Conseil fédéral. Parce qu’il n’y a aucune situation qui n’est pas améliorée par un bon carré de chocolat aux noisettes.

Imaginez Sommaruga en ouverture de séance au pic de la pandémie: «La mauvaise nouvelle, c’est qu’on n’a pas assez de masques, la bonne, c’est qu’il y a 150 plaques de choc dans mon bureau, servez-vous!»

J’aime encore plus la Suisse quand je suis à l’étranger, où les gens n’arrêtent pas de confondre Switzerland et Sweden. Bon, ce sera pratique le jour où un pays veut nous bombarder: «Sweden, yeah, yeah, Sweden.» En plus ils nous battent au foot, au hockey et même au curling.

Et pour distinguer les deux pays, c’est facile, nous, on est celui qui est trop pauvre pour financer un congé paternité.

Quand on nous entend parler français à l’étranger vient souvent la question: «Vous êtes Français?» Non. «Belge?» Non plus. «Luxembourgeois?» Je quitte cet établissement.

La Suisse est un petit miracle. Un pays avec quatre langues, 26 cantons, des gens qui ne se comprennent pas, ne se ressemblent pas, ne sont d’accord sur quasi rien, mais continuent de se supporter. On n’est pas beaucoup en Suisse, on ne peut pas se permettre de se fâcher entre nous.

Je ne sais plus qui disait: «Il faut être de quelque part.» Moi, je suis Suisse. Je ne peux pas en être fier, j’ai rien fait pour. Je suis né. Mes grands-parents ont choisi la Suisse comme terre d’accueil, et mon père a fait l’effort de se faire naturaliser avant ma naissance, j’ai donc eu le passeport à croix blanche juste en existant, rejoignant un club qui comptait 6,6 millions de membres à l’époque et en a gagné 2 millions depuis (vous avez bien bossé, félicitations).
J’ai beaucoup de choses en commun avec certains, très peu avec d’autres.

Je suis Suisse par hasard, et le hasard n’a pas trop mal fait les choses. Il y a des jours où je me sens très Suisse, d’autres beaucoup moins. Des choses dont je suis fier, d’autres beaucoup moins.

Je suis fier d’être un artiste suisse, j’ai honte du fait qu’être artiste ici soit trop peu respecté et valorisé. Je suis persuadé que la Suisse serait plus fun si trop de nos artistes n’étaient pas obligés de s’exiler pour réussir, remplacés sur le territoire par des milliers de traders en matières premières.

Je sais pas si je suis un bon Suisse, mais je fais de mon mieux pour que la Suisse soit fière de moi le plus souvent possible, et qu’elle ait honte de moi aussi rarement que nécessaire.

>>Lire la chronique précédente: «L'UDC n'a pas fait ses devoirs (de mémoire)»


Par Thomas Wiesel publié le 5 août 2020 - 08:04