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© VALENTIN FLAURAUD / VFLPIX.COM

Thomas Wiesel: «Ode aux sportifs de canapé»

Publié mercredi 26 août 2020 à 08:03
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Publié mercredi 26 août 2020 à 08:03 
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Dans son avant-dernière chronique hebdomadaire, Thomas Wiesel, humoriste en télétravail, nous fait part de son amour pour les sports à la télévision.
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J’adore regarder du sport. Le monde se divise en deux catégories, ceux qui peuvent regarder et se passionner pour n’importe quel événement sportif, et ceux qui les jugent. Je sais que c’est une exagération crasse et qu’il y a plein de nuances, mais le fan de sport ne connaît pas la nuance.

Soit un joueur est un génie, soit il est nul et pourrait être avantageusement remplacé par n’importe quel membre de notre famille d’un âge avancé. Et ces descriptions peuvent parfaitement cohabiter à 5 minutes d’intervalle dans le même match.

Quand on regarde du sport, ça sert à rien d’être rationnel, ou mesuré. On est là pour être de mauvaise foi, pour extérioriser les frustrations de notre vraie vie, pour vivre pendant une ou deux heures dans un monde où les seules choses qui ont de l’importance sont un ballon, un score, et divers sévices que nous voudrions faire subir à l’arbitre.

Regarder un match, c’est comme le sexe, seul, c’est agréable, à plusieurs, c’est beaucoup mieux. Evidemment, le must, c’est d’aller au stade, où des milliers de cordes vocales s’unissent pour entonner des paroles très sophistiquées sur des airs complexes (des combinaisons de la-la, lo-lo et aller-aller, principalement), laissant juste suffisamment de voix à la fin du match pour qu’on puisse expliquer ce qu’on aurait fait différemment si on était sur le terrain, menant inévitablement notre équipe à la victoire.

 

J’ai un sérieux problème, je passe énormément de temps à me tenir au courant des résultats sportifs d’au moins cinq ou six sports dans différents pays. Je peux passer des heures à lire des articles ou remplir des quiz de culture générale de sport, surtout quand je suis censé travailler. Avec le décalage horaire, le réveil est un délice, j’ai des vidéos des matchs de la nuit en basketball, hockey, football américain ou tennis qui m’accompagnent pendant mon petit-déjeuner.

De mi-mars jusqu’à la reprise des sports professionnels, j’étais orphelin de ces buts, ces paniers, ces revers gagnants le long de la ligne qui me faisaient faire «ouh» et «wow» devant mon écran.

A part le retour des spectacles d’humour, pour des raisons financières et narcissiques évidentes, l’événement du déconfinement que j’attendais avec le plus d’impatience était le retour du sport professionnel.

C’est enfin le cas. Certes, tout a changé. Les stades sont vides, les joueurs se font tester si régulièrement qu’ils doivent avoir les narines dans le même état que celles de Diego Maradona, les entraîneurs et les remplaçants portent des masques, mais ça joue. Et ça fait du bien.

En Suisse, le championnat a failli ne pas pouvoir aller à son terme, la faute à des cas positifs dans les deux clubs professionnels zurichois, et aux dirigeants de la ligue qui n’avaient pas anticipé que des footballeurs puissent attraper un virus pendant une pandémie, et qui étaient même partis en vacances sans prévoir de plan de secours. On dit souvent que les footballeurs sont surpayés, j’ai souvent l’impression qu’ils volent moins leurs salaires que ne le font certains dirigeants.

Le sport de haut niveau est si indissociable de notre société moderne qu’il en a reproduit les principaux défauts, le fric, la corruption, les violences entre supporters, l’homophobie, la misogynie, le racisme. Mais quand le coup d’envoi retentit, pendant quelques minutes, j’oublie ses problèmes, j’oublie les miens. Je m’en invente d’autres. Y avait clairement hors-jeu. Et c’est quoi cette balle qui rebondit 12 fois sur l’anneau avant de ressortir? Il est clairement pas humain Djokovic, comment il ramène ça? C’était si proche cette fois, je vais pas m’en remettre.

En fait si, y a bientôt le prochain match. Et je me réjouis.

>> Lire la chronique précédente:
«Office fédéral de la science-fiction pharmaceutique»


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