1. Home
  2. Actu
  3. Jeux olympiques: Un triplé en VTT qui est tout sauf un hasard

Jeux olympiques

Un triplé en VTT qui est tout sauf un hasard

C’est une sensation olympique. Avec leur triple victoire historique, les vététistes Jolanda Neff, Sina Frei et Linda Indergand valent à la Suisse l’or, l’argent et le bronze. Quant à Mathias Flückiger et Marlen Reusser, ils sont les cerises sur le gâteau du triomphe.

31 OLYMPIA / FOTO: KEYSTONE // Mountainbike silver medalist Sina Frei, gold medalist Jolanda Neff and bronze medalist Linda Indergand of Switzerland, from left, pose with their medals at the 2020 Tokyo Summer Olympics in Tokyo, Japan, on Wednesday, July 28, 2021. (Peter Klaunzer/Keystone via AP)

La joie immense des trois complices du podium olympique du VTT: Sina Frei, Jolanda Neff et Linda Indergand (de g. à dr.).

keystone-sda.ch

Quel bonheur! A la fin de janvier, Jolanda Neff éprouvait ce sentiment en se rasseyant pour la première fois sur un vélo, plusieurs semaines après s’être blessée aux poumons, explosé la rate et fracturé des côtes à la suite d’un accident. Depuis lors, elle porte la joie en elle, apprécie chaque sortie à vélo et jouit intensément de la vie.

Et à quoi ressemble cette joie quand elle coïncide avec une victoire olympique? Et quand deux amies complètent le podium? Il est arrivé de-ci de-là qu’une grande nation comme les Etats-Unis réussisse un triplé olympique, mais la Suisse? La dernière fois dans les annales remonte à un trio de gymnastes en 1936. Même nos skieurs n’ont jamais réussi un tel exploit!

>> Lire aussi l'interview de Jolanda Neff: «J’aimerais me souvenir toute ma vie de ce moment»

Et voilà qu’à Tokyo trois jeunes Suissesses s’enlacent et s’embrassent sur le podium. «Nous nous soutenons, nous nous respectons, nous nous entraidons», résume Jolanda Neff, 28 ans, qui a noué dès l’âge de 10 ans une profonde amitié avec la troisième, Linda Indergand, et parcourt depuis la planète à VTT avec elle, partageant victoires et échecs. «On ne se dispute jamais, c’est tout simplement cool.»

Avec ses 24 ans, Sina Frei est un peu plus jeune mais s’est intégrée au trio sans problème. Depuis quelques années, Swiss Cycling a nettement augmenté son soutien au cyclisme féminin et organise beaucoup plus de rencontres, notamment pour entraîner la technique. Ce n’est donc pas un hasard si les trois Suissesses se partagent le podium et que, le lendemain, la Bernoise Marlen Reusser remporte encore l’argent du contre-la-montre.

La figure historique préférée de Jolanda Neff est rien moins que Jeanne d’Arc. La Saint-Galloise a étudié l’histoire et ne manque jamais de s’engager à fond. Elle pétille d’idées et de motivation. Cinquième Suissesse seulement à grimper sur la plus haute marche des JO d’été, elle est issue d’une famille super-sportive de Thal, sur les rives du lac de Constance, où son père Markus lui a toujours servi d’entraîneur. C’est à 21 ans déjà qu’elle remporte pour la première fois la Coupe du monde. Elle réitérera la performance deux fois, sans parler du titre de championne du monde en 2017.

Swiss Jolanda Neff, Winner of Olympic Games Tokyo 2020 mountain bike women's cross-country, poses for the photographer with her gold medal..(KEYSTONE/Maxime Schmid)

Jolanda Neff savoure une victoire qui intervient après qu'elle a dû se remettre de plusieurs blessures.

keystone-sda.ch

«La victoire est tellement plus douce quand il a fallu se battre longtemps pour l’obtenir»

Jolanda Neff

Mais Jolanda connaît aussi la poisse: fracture de la clavicule, blessure à l’épaule, changement d’équipe qui ne lui convient pas. Et puis, surtout, un accident épouvantable à Noël 2019 chez son ami américain Luca Shaw, en Caroline du Nord: une branche d’arbre la transperce de part en part, elle perd beaucoup de sang, doit demeurer alitée des semaines durant. Or sa rate blessée se répare et les médecins parlent d’un miracle. La crise sanitaire aide Jolanda Neff à se remettre. Mais en juin dernier, alors qu’elle se sent de nouveau d’attaque, elle se fracture une main et ne peut plus enfourcher sa monture pendant six semaines. Jusqu’à Tokyo… pour l’or olympique! «La victoire est tellement plus douce quand il a fallu se battre longtemps pour l’obtenir.» Son ami Luca, un des meilleurs vététistes de descente du monde, y est pour beaucoup. Ils sont ensemble depuis trois ans. «Ce ne pourrait être plus beau, je me sens si bien soutenue.» Car même si les deux disciplines ne sont pas comparables, elle bénéficie des compétences techniques de Luca. «Je suis tout simplement heureuse de pouvoir partager ma passion avec lui.»

Sina Frei, elle, a d’abord joué au football, pratiqué la danse classique et la danse jazz. Mais suivant l’exemple de son père et de son frère, elle est ensuite passée au vélo. L’atout de cette sportive de 1 m 51 seulement est sa volonté inébranlable. Elle grimpe sur le podium olympique alors qu’elle n’en est qu’à sa deuxième année au sein de l’élite. «C’est hallucinant, je suis si heureuse!» dit la Zurichoise de 24 ans, des larmes dans les yeux.

A Tokyo, avec Linda Indergand, elle a tenu la concurrence en échec. Les deux jeunes femmes se sont sans cesse relayées. «Notre cohésion fait notre force», constate Linda, l’Uranaise, qui a elle aussi eu son père en guise d’entraîneur, alors que son frère Reto est coureur professionnel. Elle souligne la préparation optimale dont les cyclistes helvétiques ont bénéficié, notamment l’analyse détaillée du parcours à laquelle s’est livré leur entraîneur, Edi Telser.

Un entraîneur à qui Marlen Reusser, 29 ans, spécialiste du contre-la-montre, est prête à offrir sa médaille d’argent, tant elle lui est reconnaissante. Au sein de l’équipe, elle est sans doute la seule pour qui les JO n’étaient pas un rêve caressé depuis l’enfance. Née dans une ferme de l’Emmental, elle s’est précocement engagée en politique sous la bannière des Jeunes Vert-e-s. Elle pratique le violon avec talent, adore la course à pied, découvre le vélo à 17 ans, étudie la médecine et interrompt son job de médecin assistante pendant deux ans pour se consacrer au vélo. Des plans? «Non merci, je préfère laisser la vie décider.»

Par Eva Breitenstein et Sarah van Berkel publié le 03.08.2021