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«Il est urgent de dissoudre la task force sanitaire»

Publié mercredi 7 octobre 2020 à 20:00
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Publié mercredi 7 octobre 2020 à 20:00 
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Administrateur délégué de Swiss Medical Network, une structure regroupant 2500 médecins indépendants travaillant dans 21 établissements hospitaliers en Suisse, Antoine Hubert ne manie pas la langue de bois et dit ce qu’il pense de la manière dont la crise sanitaire est gérée actuellement.
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C’est à Zurich, où il a enchaîné les rendez-vous, qu’Antoine Hubert nous attendait. D’un naturel plutôt discret, le «serial entrepreneur» de 54 ans a spontanément accepté notre proposition d’interview. Et pour cause, l’ancien monteur électricien valaisan, qui a vendu des téléphones portables puis de l’immobilier avant de devenir un acteur incontournable du secteur de la santé, ne se lasse pas de combattre les décisions politiques liées à la crise du coronavirus. Le propriétaire du journal économique L’Agefi estime qu’après avoir géré de main de maître le pic de l’épidémie, sur le plan tant sanitaire qu’économique, la Suisse s’est complètement fourvoyée et est en train de marquer un dangereux autogoal. Parole à un convaincu du modèle suédois, qui estime que les décisions politiques actuelles font beaucoup plus mal au pays que le virus.

- Antoine Hubert, vous n’êtes-vous pas simplement un corona-sceptique, comme il existe des climato-sceptiques ou des vaccino-sceptiques?

Olivier Maire/photo-genic.ch/GSM
Antoine Hubert, administrateur délégué de Swiss Medical Network.

- Antoine Hubert: Non. Ni corona-sceptique, ni complotiste d’ailleurs. Juste pragmatique. Car si le covid existe bel et bien, il est désormais temps d’admettre qu’il ne circule plus intensément dans notre pays. Excepté pour les personnes à haut risque, il faut donc immédiatement arrêter les mesures de quarantaine, le masque, les zones rouges et les restrictions diverses, qui alimentent un climat anxiogène et tuent l’économie à petit feu. Si cette panoplie de mesures était justifiée jusqu’au début de l’été, elle relève de la démesure totale aujourd’hui.

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- Il y a tout de même 500 cas positifs quotidiens…
- C’est normal, puisqu’on pousse les tests PCR jusqu’à 40 cycles d’amplification pour trouver des traces d’ADN du virus. Avec comme conséquence qu’une grande majorité de ces 500 personnes sont de faux positifs et ne sont pas malades. Si on limitait le test à 30 cycles, cela réduirait déjà grandement le nombre de positifs. Dans la pratique, une amplification de 20 cycles suffit à détecter les charges virales importantes. A titre de comparaison, on dit qu’il y a de la cocaïne sur tous les billets de 1 dollar en circulation. Si vous poussez leur analyse de la même manière, celle-ci conclura qu’il y a en effet de la cocaïne sur tous les billets. Cela étant, en imaginant que vous ayez 20 millions de dollars en petites coupures, vous ne réussiriez pas à réunir une quantité de cocaïne suffisante pour vous droguer. Et ce n’est pas tout.

- Allez-y…
- Aujourd’hui, nous savons mieux soigner le covid et un virus ou une bactérie ne se révèle pas toujours aussi dangereux pour tous les individus; il faut avoir des approches différenciées selon les catégories de population. Moi, je suis porteur de l’Helicobacter pylori, comme une grande partie de la population qui ne développe pas forcément un ulcère ou le cancer du côlon par exemple. Ma femme est porteuse du papillomavirus et n’a pas le cancer de l’utérus non plus. Dans les îles, il y a aussi le chikungunya, le Zika, la dengue, et on ne ferme pas les destinations pour autant. Personnellement d’ailleurs, j’ai eu le virus de la dengue, qui est également mortel, et j’ai été soigné. Tout cela pour dire que nous surréagissons gravement au covid. Pour moi, les modèles à suivre sont ceux de la Suède, des Pays-Bas ou même de la majorité des cantons de Suisse alémanique, qui résistent bien mieux que les autres à la tentation d’édicter des mesures disproportionnées. Quand on fera les comptes, on s’apercevra que les pays et régions qui ont peut-être connu un pic de mortalité plus aigu que les autres en mars et avril s’en sortiront finalement aussi bien du point de vue sanitaire tout en s’étant beaucoup moins endettés.

Nous surréagissons gravement au covid

- En clair, vous craignez plus les mesures que le virus lui-même?
- Absolument. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. A l’heure où on cause, il y a dans toute la Suisse une trentaine de personnes occupant les divisions de soins intensifs à cause du covid. Au CHUV, aujourd’hui (le jeudi 1er octobre, ndlr), il y en a cinq, dont deux ou trois sous assistance respiratoire. Et le nombre de décès est presque insignifiant, touchant quasi exclusivement des personnes en fin de vie. Imaginez même que le nombre de patients hospitalisés soit décuplé. On arriverait à 20% de taux d’occupation des soins intensifs avec des patients covid. Fort de ce constat, continuer à brimer les gens et à saigner l’économie n’a pas de sens même si cette situation en arrange quelques-uns.

- C’est-à-dire?
- Une grosse machine sanitaire s’est mise en route et il est clair que le secteur des pharmas, dont on connaît la puissance de feu en matière de lobbyisme, en tire d’énormes profits. Cette situation arrange également les vendeurs de masques, de plexiglas et de tout autre matériel ou concept de protection. A ce sujet, j’ai assisté ce matin à un congrès réunissant plus de 150 professionnels de la santé. Trois ou quatre d’entre eux portaient un masque. C’est dire le crédit que ces gens accordent à l’efficacité des masques et à la capacité de nuisance du virus. La seule vraie mesure, efficace et simple, hors milieu hospitalier, est le lavage régulier des mains et la désinfection.

- En gros, on exagère le risque sanitaire et cela profite à quelques-uns…
- Exact. Et les hôpitaux n’échappent pas à cette spirale. A partir du moment où vous avez réservé 20 lits pour des patients covid, cela devient nécessaire de les remplir. Du coup, dès qu’une personne tousse un peu fort, vous la couchez dedans. Savez-vous qu’en Espagne, il y a des provinces autonomes qui reçoivent des subsides en fonction de leur nombre de malades du covid? Ou qu’en France, pour obtenir un certificat de décès le plus rapidement possible, il suffit de déclarer la personne morte du covid? Comment donner du crédit à tous les chiffres et informations qui circulent avec de pareils micmacs?

Tous les chiffres qui circulent sont à prendre avec des pincettes

- Un chiffre n’est pas contestable cependant, celui du million de morts du covid recensés la semaine dernière…
- Quarante-cinq millions de personnes sont décédées dans le monde depuis le début de l’année. On dit qu’il y en a eu des dizaines, voire des centaines de milliers dans les EMS et autres structures pour les personnes âgées. Mais a-t-on déjà vu quelqu’un ressortir vivant de ces établissements où la mortalité, je vous le rappelle, est de 100%? En Suisse, sur les 1800 personnes dont la mort a été attribuée au covid, 180 avaient moins de 70 ans. Les autres déclaraient toutes, en moyenne, un âge supérieur à leur espérance de vie. Alors, sont-elles décédées du virus ou de leur âge? Un ami médecin m’a raconté qu’un de ses patients, âgé de 50 ans et atteint d’un cancer de phase 4, mesurant 1 m 70 et pesant 47 kilos, était décédé avec le covid. Je le répète, tous les chiffres qui circulent sont à prendre avec des pincettes.

- Admettons que vous ayez raison, comment a-t-on pu en arriver là selon vous?
- Je vais encore utiliser une métaphore pour bien me faire comprendre. En affaires, quand vous demandez un avis de droit, vous risquez de laisser tomber le projet que vous envisagiez car l’avocat vous mettra face à tous les risques et dangers, probables ou hypothétiques, que ladite affaire représente. Raison pour laquelle je ne demande que très rarement d’avis de droit. Sur le plan sanitaire, c’est pareil. Vous sollicitez les conseils d’une task force à laquelle appartiennent beaucoup de scientifiques qui ne sont plus actifs sur le terrain et sont loin des problèmes économiques. Ils vont naturellement envisager le pire et vous devez ensuite en tenir compte, ce qui vous expose à prendre des mesures excessives. Pour moi, compte tenu de la situation actuelle, il devient urgent de dissoudre cette task force et de prendre des décisions à la lumière et à la mesure de la situation.

Economiquement, le pire est devant nous

- Au détour d’une interview, vous disiez que l’erreur a été de déléguer les pouvoirs aux cantons…
- Tout à fait. Le Conseil fédéral a géré de main de maître la période du pic de l’épidémie, de février à mai, je dirais. La Suisse a d’ailleurs été citée en exemple pour sa gestion globale de la crise. Ensuite, et bien que cela parte probablement d’un bon sentiment, sa grande erreur a été, selon moi, de ne pas garder le contrôle pendant les vaguelettes et les répliques qui ont suivi. Ce faisant, elle aurait pu imposer une approche coordonnée et mesurée et peut-être suivre l’exemple de la Suède. Malheureusement, alors que le moral des Suisses remontait, que les gens se remettaient à dépenser et que l’économie repartait, les cantons, surtout en Suisse romande, dont les représentants sont à longueur d’année en campagne électorale et sous l’influence des médias, ont brisé cet élan en imposant toutes sortes de mesures incompréhensibles et souvent inutiles. On en est là. Au lieu d’une récession avec moins 10% de consommation, notre économie va subir un violent effet domino.

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- La crise économique semble pourtant moins sévère qu’on ne le craignait…
- Attendez les mois à venir. Si, sur le plan sanitaire, l’orage est passé, économiquement, le pire est devant nous. Dans l’hôtellerie et le tourisme, si on ne nous maintenait pas les RHT, nous devrions probablement nous séparer de la moitié de notre personnel hôtelier, soit près de 600 personnes pour notre groupe. Si nous continuons avec les quarantaines, les zones rouges et autres restrictions, on peut fermer boutique. Personne ne réservera une semaine de ski dans nos stations s’il existe le risque que son pays vire au rouge. Les concurrents de Verbier ne sont plus Zermatt ou Crans-Montana, mais les îles Vierges ou autres régions tropicales. Entre skier avec un masque et se priver de l’après-ski ou profiter des bienfaits de l’air marin, les gens auront vite choisi.

- Il y aura peut-être un vaccin?
- Peut-être, mais trop tardif. L’épidémie est passée. Même le vaccin contre la grippe saisonnière s’avérera probablement superflu. Avec les gestes barrières et le lavage des mains, s’il y a une année où le vaccin contre la grippe saisonnière n’est pas nécessaire, c’est bien celle que nous vivons.


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