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Vacciné mais sans certificat? L’exemple de Slava Bykov, interdit de patinoire

L’histoire est cocasse. Pourtant vaccinée, la légende du hockey russe et fribourgeois Slava Bykov n’a accès à son stade fétiche de Saint-Léonard que sur présentation d’un test négatif. Sa «faute»? Avoir reçu deux doses du vaccin russe Spoutnik V, pas homologué par notre pays. L’OFSP promet de corriger le tir.

Slava Bykov

Lassée de multiplier les tests, Slava Bykov, la légende du hockey russe et fribourgeois n’a plus accès à sa patinoire fétiche de Saint-Léonard. Une image mise en scène, en l’occurrence, qui montre le ridicule de la situation.

GABRIEL MONNET

Il préfère en rire. Un petit rire qui dissimule mal un certain agacement toutefois. «J’ai reçu mes deux doses de vaccin Spoutnik V il y a plusieurs mois déjà. Mais celui-ci n’est pas homologué par la Suisse. Je n’ai donc pas droit au certificat, le sésame qui me permettrait d’avoir accès aux lieux fermés sans être contraint de multiplier les tests. Du coup, je préfère renoncer à me rendre au match», regrette Slava Bykov, la légende de Fribourg-Gottéron, qui suit les pérégrinations de son fils Andreï et de son équipe à la télévision. Il le savait, rétorquerez-vous. Vrai.

«Mais comme ce vaccin est efficace à 91,6% et ne provoque aucun effet secondaire connu, j’ai pensé que tout le monde, y compris la Suisse, l’ajouterait rapidement à sa liste. La Russie a toujours été à la pointe mondiale en matière de vaccination et je n’ai moi-même jamais eu le moindre problème avec ceux que j’ai reçus depuis ma naissance. Malheureusement, j’ai le désagréable sentiment que les questions politiques ont éclipsé l’aspect sanitaire dans cette affaire. Alors que la santé des gens est en jeu, je pensais que la solidarité prendrait le pas sur la realpolitik», regrette le grand-papa d’Even (7 ans), fils de Masha, sa fille aînée – «déjà hockeyeur», s’enorgueillit son pépé –, et d’Eden (5 mois et demi), la fille d’Andreï.

A Berne, on réfute la thèse selon laquelle la Suisse, dans le sillage de l’Union européenne, snoberait volontairement le Spoutnik V, pourtant facile à conserver (entre 2 et 8°C) et encensé par des sommités médicales du calibre de Didier Pittet et d’Antoine Flahault. De l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) aux services d’Alain Berset, ministre de la Santé, en passant par Swissmedic, l’institut chargé de surveiller et de valider les produits thérapeutiques en Suisse, le plaidoyer tient en une phrase. «Le concepteur de Spoutnik (Alexandre Guintsbourg, directeur du centre Gamaleïa, financé par le Fonds d’investissement direct russe, ndlr) n’a pas déposé de demande d’autorisation et nous attendons toujours les données afin de pouvoir analyser et évaluer ce dossier.»

>> Lire aussi: Didier Pittet: «La cupidité des pharmas est sans limites»

«Et s’il y a un institut qui ne transige pas avec les règles de sécurité, c’est bien Swissmedic. Sa rigidité est fondamentale pour garantir la confiance de la population», ajoute Christian Favre, porte-parole au département d’Alain Berset, avant de lâcher: «L’autre problème, c’est que la Russie, comme la Chine d’ailleurs, utilise son vaccin comme un outil de diplomatie.»

Slava Bykov

Désormais à 100% dévoué à sa famille, Slava Bykov (61 ans), double-national, estime sans doute à raison que les pays occidentaux entravent volontairement la validation du vaccin russe Spoutnik V, qui n’est pas à ARN messager. 

GABRIEL MONNET

Un credo qui ne convainc pas Sergei Garmonin, l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Russie à Berne. «La situation bute sur une seule chose: la concurrence déloyale que se livrent les Etats et les géants de la pharma qui, dans cette période difficile, n’hésitent pas à interférer dans l’approvisionnement en vaccins provenant d’autres Etats au nom de leurs propres intérêts égoïstes.» Et le diplomate d’enchaîner, en soulevant une autre question, moins connue du grand public: «Il faut savoir que l’approbation de Spoutnik V par des organisations étrangères ouvre l’accès à des fonds internationaux qui financent la vaccination des populations de pays n’ayant pas développé leur propre vaccin. La taille de ces fonds atteint des dizaines de milliards de dollars et, dans la lutte pour se les approprier, tous les moyens sont bons. C’est la raison évidente qui fait traîner la reconnaissance de Spoutnik V.» Selon Sergei Garmonin, 70 pays, totalisant plus de 4 milliards de personnes, ont approuvé et utilisent le Spoutnik V. «Son efficacité est également très élevée contre la souche Delta, responsable de 100% des infections en Suisse aujourd’hui.»

Dans les faits, l’ambassade de Russie a déposé deux demandes auprès de l’OFSP. Le 17 août 2020 et le 22 décembre. Puis, le Fonds d’investissement direct russe a pris le relais en déposant une demande d’enregistrement en février 2021. «En mars, nous avons reçu une lettre de la directrice générale adjointe de l’OFSP, Mme Nora Kronig Romero, indiquant que son département était en contact avec le fonds depuis le mois de novembre et qu’il réclamait encore des données de la part de ce dernier. Depuis, nous n’avons plus de nouvelles de ces négociations», rapporte Sergei Garmonin, optimiste malgré tout. «Nous ne désespérons pas de voir les choses se dénouer rapidement.» Le diplomate ne croit pas si bien dire.

En effet, pour Virginie Masserey, la cheffe du programme de vaccination de l’OFSP, le dossier pourrait évoluer dans les semaines à venir. «M. Bykov n’est pas le seul dans son cas. Des milliers de personnes issues de différents pays, des étudiants principalement, sont affectées par ce problème. Il y a donc un vrai problème à résoudre. Notre proposition serait que ces personnes acceptent une troisième dose, de vaccin à ARN messager cette fois. Nous pourrions ainsi leur délivrer un certificat. Mais rien n’est encore définitif.»

Une issue qui ne ravit pas l’ancienne star du hockey mondial. «Faire une troisième dose de Spoutnik V, pourquoi pas, à la rigueur. Mais pas une dose d’ARNm. C’est un peu stupide, comme idée, de mélanger deux vaccins issus de technologies différentes», estime Bykov, qui ne comprend pas cette méfiance vis-à-vis de son pays d’origine.

«Beaucoup voient la Russie comme un ours méchant. Ils se trompent. Comme tout le monde, nous n’aimons pas qu’un étranger impose ses règles dans notre cuisine, mais à part ça, nous sommes des gens pacifistes. Il y a d’ailleurs un proverbe qui dit que celles et ceux qui ouvrent leur cœur reçoivent le double en retour», devise l’ancien entraîneur double national de la Sbornaja (l’équipe nationale russe) qui, à 61 ans, se réjouit de rechausser ses patins après une année blanche. «Ça m’a terriblement manqué. Mais là, c’est bon. Les matchs corporatifs avec les Dzodzets reprennent», jubile le mythique numéro 90 des Dragons, que rien ne saurait tirer de sa retraite. «Ni l’argent, ni la notoriété. Ma famille m’a soutenu et a accepté mes absences pendant quarante ans. Aujourd’hui, le temps est venu de lui rendre la monnaie. Je suis à 100% à son service.» Dont acte.

Par Christian Rappaz publié le 07.10.2021