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Vladimir Petkovic: «La Nati est meilleure, plus mûre et plus sereine»

La relation entre Vladimir Petkovic et l’équipe suisse de football entre dans sa périlleuse septième année, avec un nouvel épisode à l’Euro 2020 qui s’annonce. Aux yeux de l’entraîneur, la progression de son groupe ne se mesure pourtant pas seulement à ses résultats. Entretien.

Vladimir Petkovic

Vladimir Petković, sélectionneur de l'équipe de suisse de football. 

Octavio Passos - UEFA

- Monsieur le séletionneur, avez-vous calculé le nombre de fois où vous prenez l’avion par année?
- Vladimir Petkovic: Aucune idée. Il serait sans doute possible de retrouver cette information, mais je n’établis pas de statistiques.

- Au cours de l’année dernière, vous avez certainement moins voyagé qu’à l’accoutumée?
- Nous avons effectué quelques voyages aériens avec la Nati, mais il était difficile de prendre l’avion pour assister à des matchs ou rendre visite à des joueurs. Par bonheur, j’aipu aller en voiture dans les pays limitrophes, en Italie ou en Allemagne. J’ai sans doute davantage utilisé le téléphone. Aujourd’hui, tout est heureusement redevenu plus simple et nous avons apprécié d’avoir enfin pu nous retrouver physiquement en mars pour quelques jours.

- Le contact direct avec les joueurs est-il essentiel ou les échanges peuvent-ils se dérouler par smartphone ou ordinateur?
- Non, il manque quelque chose. Malheureusement, nous ne pouvons plus nous serrer la main depuis bientôt une année et je le regrette. A ma prise de fonction comme coach de l’équipe suisse, il y a sept ans, j’ai exigé que nous nous saluions tous les matins avec une poignée de main. Le regard adressé à son interlocuteur à cet instant est le premier révélateur qui met au jour de possibles tensions. Il permet de saisir immédiatement s’il existe des désaccords entre deux personnes et comment il convient d’y mettre fin. Pendant cette période, ce contact personnel avec les joueurs m’a manqué.

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Samy Ebneter für SFV

- Comment avez-vous ressenti les effets de la pandémie au cours des derniers mois?
- Ce n’était facile pour personne. Nous avions des préoccupations entièrement nouvelles pendant le semi-confinement et nous devions néanmoins nous concentrer sur le football. Par chance, je parviens aisément à m’adapter de manière flexible à des exigences inédites. J’aborde toujours les divers scénarios possibles avec une attitude positive et j’échafaude différents plans. Il convenait notamment d’anticiper les règles imposées par l’évolution de la crise du coronavirus, à l’exemple du récent accroissement du nombre de joueurs qui peuvent prendre part à une grande compétition.

- Lors de l’Euro, la Suisse jouera à Bakou et à Rome. Puis, si elle se qualifie, à Londres, à Bucarest, à Amsterdam ou à Séville. Ces voyages vous inquiètent-ils?
- Non, je considère aussi cette circonstance de manière positive. Les conditions seraient plus inconfortables si l’Euro se déroulait dans un seul pays. De nombreux fans viendraient de tout le continent, voire du monde entier, et ils se rassembleraient dans un seul ou quelques stades. Il me semble donc qu’il est plus judicieux de contrôler simultanément la situation dans 11 villes et d’adopter les mesures requises. Il est évident qu’il n’est pas agréable pour les joueurs de devoir voyager autant entre les rencontres, mais nous devons l’accepter. J’espère que nous pourrons nous retrouver en un seul lieu après les qualifications à Rome et organiser un véritable camp d’entraînement. Les qualifications se dérouleront sur un rythme de cinq jours, pour l’aller et le retour. Pendant de telles périodes, on ne se sent nulle part chez soi.

- Ce qui n’est pas nécessairement désagréable…
- C’est vrai, les joueurs doivent s’y habituer et demeurer éveillés mentalement. Le danger de manquer de motivation est plus faible que quand nous devions rester dans notre bulle sans pouvoir sortir en ville. Les familles ne pourront rendre visite à l’équipe pendant le camp. Il se peut aussi que les divers changements de lieux aient un effet positif.

- Il s’agit de votre troisième grande compétition comme coach. Quels enseignements vous sont utiles pour l’Euro 2021?
- J’en ai vécu trois jusqu’ici, car je compte aussi la phase finale de la Ligue des nations, au Portugal. Jusqu’à maintenant, nous avons établi notre programme pas à pas, en nous fondant sur nos expériences. Cette méthode a fait ses preuves. Nous n’avons pas pu anticiper par exemple les tirs au but contre la Pologne. Cependant, nous nous sommes rendu compte après coup qu’il était nécessaire de se montrer plus précis dans un tel contexte. Après la Russie, nous savions que des situations difficiles, comme celle que nous avons connue après le match contre la Serbie et ses incidents, pouvaient être mieux gérées. Face à la Suède, en huitième de finale, nous étions un peu trop fatigués mentalement pour jouer un grand match. Nous avons appris comment agir en de telles circonstances.

- Plus concrètement?
- J’ai remarqué à quel point il était bénéfique pour les joueurs de rentrer chez eux, ne serait-ce que pour deux jours. Nous appliquerons cette disposition également cette année, même s’il est naturellement risqué que tous nos joueurs quittent momentanément notre bulle.

- Que reste-t-il de l’incident dit de l’aigle à deux têtes? Y a-t-il de nouvelles prescriptions relatives à des proclamations politiques?
- Sous forme écrite non, mais nous avons discuté en profondeur de ce sujet avec les joueurs. Après des facteurs de perturbation comme l’aigle à deux têtes, je crois que la cohésion de l’équipe s’est encore renforcée. Depuis lors, ce n’est plus un problème, même s’il existe naturellement des limites. Lorsqu’on essaie d’influencer les joueurs, cette tentative peut se révéler contre-productive. En outre, nous avons tiré des enseignements de la désagréable impression laissée par les médias après le match contre la Russie. Adrian Arnold, le directeur de la communication, a travaillé afin de nous rendre attentifs à ce propos. Grâce à des critiques ouvertes et constructives, il a sensibilisé les joueurs et le staff sur le comportement à adopter.

- Une conséquence de la crise du coronavirus est l’accroissement de l’effectif de 23 à 26 joueurs. Cette nouvelle disposition vous aide-t-elle?
- De prime abord, elle permet de réduire l’embarras du choix. Cependant, elle ne rend pas la situation plus agréable pour moi. Plutôt que d’envoyer avant le tournoi les joueurs excédentaires à la maison, je dois les exiler en tribune et cette décision est aussi difficile à prendre. Néanmoins, cette disposition présente un avantage réel. Parmi les trois joueurs supplémentaires qui intègrent l’équipe, il y a de la place pour un jeune. Il peut ainsi respirer l’air d’un grand tournoi, même s’il ne joue pas. Nous avons constaté lors de l’Euro 2016 à quel point cette présence peut être bénéfique pour leur avenir. J’avais emmené avec nous Denis Zakaria et Nico Elvedi, alors tout jeunes joueurs, afin qu’ils s’habituent au niveau élevé de la Nati. Tous deux en ont tiré avantage pour faire progresser leur carrière. En outre, il est plus facile d’incorporer éventuellement des joueurs qui se trouvent dans une situation difficile dans leur club et ne jouent que rarement.

- Dans vos cadres élargis, vous comptiez cinq gardiens. N’avez-vous pas songé à en emmener quatre plutôt que trois?
- Non, cela n’aurait guère de sens. Il est possible de faire un meilleur usage des postes supplémentaires.

- Par rapport à la composition de la Nati lors du match contre la Suède pendant le Mondial 2018, seuls Blerim Džemaili, Valon Behrami, Josip Drmic et Johan Djourou ne font plus partie de l’équipe. Quels sont les avantages de conserver une équipe à la structure bien établie?
- Votre observation est correcte. Il est exact d’affirmer que l’équipe est plus mûre. Ses résultats lors de la Ligue des nations ont démontré qu’elle est devenue meilleure. La manière dont nous avons joué ensuite contre une série d’adversaires redoutables, cette assurance, cette sérénité témoignent de nouveaux progrès. Simultanément, l’équipe a gardé les pieds sur terre. Nous l’avons constaté pendant les rencontres de mars dernier. Nous avons imposé notre jeu à nos adversaires et nous leur avons retiré la possibilité de se déployer.

- Dans le domaine des résultats, l’année 2020 a représenté davantage un recul pour la Suisse, avec une seule victoire sur huit rencontres, obtenue qui plus est par forfait contre l’Ukraine. Les trois victoires de cette année ont-elles dissipé quelques doutes?
- Je ne partage pas votre point de vue. Ces trois victoires n’étaient que la conséquence logique de la saison précédente. J’étais en effet tout sauf préoccupé et plutôt satisfait de la manière dont nous avons joué. Contre l’Allemagne, l’Espagne ou l’Ukraine, nous n’avons pas remporté la partie, mais nous étions au même niveau. Nous n’avons perdu qu’un seul match contre des équipes de classe mondiale, comme l’Allemagne ou l’Espagne. Face à la Bulgarie, à la Lituanie et à la Finlande, nous avons exercé notre style de jeu et notre esprit positif. Pendant la phase où nos résultats n’étaient pas bons, nous avions laissé une grande surface d’attaque à nos adversaires. Ils ont depuis lors reconnu notre style de jeu et l’ont salué.

Vladimir Petković

S’il ne se sent pas toujours compris par les médias et le public, Vladimir Petkovic est loin d’être las de ses fonctions. Il souhaite sortir de l’ombre et affirmer sa présence.

Steffen Schmidt/freshfocus

- Que se serait-il passé si les critiques envers votre personne et votre travail s’étaient de nouveau intensifiées?
- J’y suis habitué. Comme entraîneur de la Nati, je navigue en haute mer. Je dois affronter des vents contraires qui se lèvent de toutes parts, mais je dois conserver le bon cap. Rien ne va si j’accompagne chaque vague.

- Dernièrement, les résultats parlent en votre faveur. Votre bilan personnel est extrêmement positif depuis votre entrée en fonction, en 2014. Sur 70 matchs internationaux, la Nati a totalisé 38 victoires et uniquement 17 défaites (état à la mi-mai). Où se situe la Suisse après sept années sous la direction de Vladimir Petkovic, en comparaison avec vos débuts en 2014?
- Je ne souhaite pas établir de comparaison avec le travail de mes prédécesseurs. C’est un sujet trop sensible pour moi et je laisse les commentateurs extérieurs s’en charger.

- Mais pouvez-vous faire une comparaison entre vos propres exigences de départ et le niveau actuel?
- Nous avons accompli les plus grands progrès dans le domaine mental et nous croyons en nos chances. En ce qui concerne la technique de jeu, je voulais dès le début composer une équipe qui puisse imposer sa domination, jouer chaque match avec l’espoir de le remporter et ne craindre aucun adversaire, aussi prestigieux soit-il. Nous y sommes parvenus. Pour assurer des résultats conformes aux attentes lors de grands tournois, il faut encore d’autres ingrédients : la chance ou la forme du jour par exemple.

- Pourtant, tout le monde parle des quarts de finale qu’il faudrait atteindre comme prochaine étape de la progression. Une sorte d’obligation morale d’arriver en quarts, pour l’exprimer de manière triviale…
- Je ne ressens pas cette contrainte. Si nous parvenons en quarts de finale, nous aurons l’obligation d’arriver en demi-finale. Et nous ressentirons alors la pression de la finale. Les joueurs partagent ma vision d’une progression à petits pas, un match après l’autre, qui se sont d’ailleurs déjà transformés en grands pas. Cette obligation d’atteindre les quarts de finale me dérange, elle dénote un manque de respect à l’égard de nos adversaires. Le Pays de Galles, puis l’Italie et enfin la Turquie sont des équipes vraiment fortes. Elles ont la volonté, comme nous, d’être une des deux meilleures du groupe. Plutôt que de ressasser des âneries sur d’éventuels possibles, nous devons faire nos preuves sur le terrain. Aujourd’hui, l’évocation des quarts alors que personne ne sait si nous parviendrons en huitièmes n’est rien d’autre qu’un manque de considération.

- Granit Xhaka semble moins sur la réserve. Dans un entretien avec «L’illustré Sport» il y a quelques mois, il a affirmé qu’il n’était nullement utopique d’imaginer que la Suisse décroche le titre cette année lors de l’Euro.
- Les joueurs sont libres d’exprimer leurs pensées à tout moment. Il est naturellement nécessaire de faire preuve d’optimisme. Nous devons conserver devant nos yeux les prochains objectifs et croire que nous avons les moyens de les atteindre. Bien sûr, je suis aussi optimiste, mais un coach doit être en même temps réaliste, pour les raisons que je viens d’évoquer.

- Monsieur Petkovic, vous êtes depuis sept ans l’entraîneur de l’équipe nationale suisse. Dans un mariage, la septième année est celle de tous les dangers. Votre relation avec le football suisse n’a pas toujours été sans nuage. Votre mariage avec notre équipe nationale évitera-t-il les écueils des sept ans, quels que soient les résultats?
- Je ne crois guère à de tels mythes. Au cours des sept années qui viennent de s’écouler, j’ai ressenti des émotions très différentes. Dans une relation, il est nécessaire de constamment travailler ensemble. Nous l’avons fait et je pense que nous sommes animés par un respect et une confiance réciproques. Dans le monde du football, on se sépare un jour ou l’autre. Il convient de le faire au plus tard quand les deux parties ne ressentent plus l’étincelle de la passion. Pour ma part, cette passion est toujours vive et davantage encore avant un championnat pour lequel nous nous préparons depuis des années. L’énergie et le feu sont alors si forts que la question de l’intensité de l’amour ne se pose même pas.

Par Iso Niedermann publié le 11.06.2021
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