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Les Verbes

Yann Marguet: «Passer crème»

Cette semaine, Yann Marguet s'étonne de la sérénité des Lausannois face à la récente annonce de la contamination de leur sol au dioxine. Pas d'problème, il suffit de ne pas manger de courgette!

Yann Marguet

L'humoriste et comédien romand Yann Marguet.

Valentin Flauraud

Les sols du centre-ville de Lausanne sont contaminés aux dioxines et y a pas d’problème! Non mais où, je vous le demande, où ailleurs qu’en Suisse, qui plus est dans le docilissime pays de Vaud™, prendrait-on cette annonce avec autant de sérénité? L’étendue nouvellement flippante du «petit souci» découvert un peu par hasard en mai de cette année a fait les moyens titres des journaux la semaine dernière, mais il ne fallut pas moins que l’annonce de la bisexualité du fils de Superman pour que cette broutille soit rapidement oubliée par les urbains lausannois.

>> Lire aussi sa précédente chronique: Yann Marguet: déconnecter

La première fois que j’ai entendu parler de dioxine, c’était en 1999 avec l’histoire du poulet belge. Je vous vois attendre goguenards l’arrivée d’un poulet mexicain et d’un poulet juif pour compléter cette alléchante prémisse, mais il ne s’agit malheureusement pas d’une blague (une fois). A l’époque, quelque 400 éleveurs belges avaient semble-t-il eu la main forte sur l’huile de vidange de moteur dans l’alimentation de leurs poulets (alors que l’on sait très bien que l’huile de vidange des friteries suffit largement à les rendre heureux), mettant ainsi sur le marché bon nombre de créatures mi-volailles, mi-boguets aux effets pour le moins néfastes sur la santé humaine une fois ingurgitées. La suite, vous vous en souvenez peut-être: branle-bas de combat dans l’UE, démissions de ministres et psychose générale sur fond de vache folle.

Certes, notre affaire à nous n’a rien de criminel – au sens légal du terme, tout le moins (pour l’instant) –, les bovins zinzins, ça commence à dater et j’imagine – même si j’y connais walou – que le taux de dioxines dans les sols lausannois n’est pas aussi flamboyant que celui des poulets au diesel du royaume de Belgique. Cela dit, quand je vois la municipale Natacha Litzistorf sur LFM nous expliquer tout sourire que le comportement à adopter en 2021, c’est d’éviter de bouffer des courgettes lausannoises depuis 1958, le mot «tranquillité» n’est pas le premier qui me vient en tête. Vous me direz, au vu de mon amour pour les légumes, que je ne suis pas la personne la plus exposée aux dangers des cucurbitacées de la capitale vaudoise, mais j’ai tout de même quelques souvenirs de ratatouilles qui me laissent a posteriori un goût bizarre. Sans compter qu’il n’y a pas que la ratatouille, dans la vie. Avec la raclette, y a aussi les cornichons.

Mais que ce soit l’histoire des courges, des œufs ou même des gamins qui ne pensent qu’à bouffer de la terre dans leurs parcs de jeux, rien ne semble en mesure d’ébranler la vie des Lausannoises et des Lausannois. On est comme ça, nous, on n’aime pas s’inquiéter. Et on a bien assez de choses à douter depuis un an à l’international pour ne pas se rajouter des questionnements sur notre environnement direct ces soixante dernières années. Peut-être n’est-ce pas un mal, après tout… Qu’est-ce que vous voulez faire maintenant qu’on est au courant? «Bworf, pas grand-chose, le mal est fait.» Et les gens qui habitaient pendant cinquante ans à côté de l’usine responsable, ils ont des problèmes de santé? «On espère que pas…» Et l’assainissement des sols, ça va prendre du temps? «Aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire.» C’est sûr, y en a point, des comme nous. Bonne semaine.

Par Yann Marguet publié le 20 octobre 2021 - 08:48