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Editorial 

Avoir le choix, comme tout le monde

Notre journaliste dévoile les coulisses de notre dossier consacré au «Mariage pour tous», initiative qui est source de tensions au sein de la population et qui, en même temps, montre l'évolution de la société. 

MARIAGE POUR TOUS

Portrait de Josepha et Eléonore, l'un des couples interrogés dans le cadre de notre série de témoignages consacrée au «Mariage pour tous». 

Magali Girardin

Lorsque nous avons lancé nos demandes de témoignages pour le sujet consacré au mariage pour tous, nous avons pensé que les recueillir serait tout simple. Après tout, les sondages étaient largement en faveur du oui à la votation du 26 septembre. Les personnes contactées allaient sauter sur l’occasion pour s’exprimer, nous sommes-nous dit naïvement. Eh bien pas du tout. Des personnalités publiques ont refusé de participer, craignant de s’exposer, arguant de leur volonté de protéger leur vie privée. Témoigner publiquement de son orientation sexuelle reste visiblement une question délicate en Suisse romande en 2021.

Ces réticences seraient, nous a dit une association LGBT, liées à la virulence des anti-mariage pour tous, qui ont réussi à focaliser le débat autour de l’avenir des enfants de familles homoparentales et de la procréation médicalement assistée (PMA), et à l’homophobie latente qui s’est largement exprimée – des questions qui expliqueraient également les sondages moins favorables ces derniers jours.

Mais les choses changent, la société évolue. La preuve, certaines personnes homosexuelles ont également décliné notre demande en arguant d’une couverture médiatique trop «normée» de ce débat. «Où sont les queers (les personnes non cisgenres), les non-binaires, les transgenres?» m’a-t-on ainsi objecté. Une jeune femme, heureuse en couple, a renoncé à dire dans nos pages tout le mal qu’elle pense de l’institution du mariage – toujours plus boudée par les hétéros.

Qu’ils envisagent ou pas de se marier, nos témoins ont rappelé la portée avant tout symbolique du message envoyé à la société. Ce qu’ils souhaitent, c’est d’avoir le choix de se passer la bague au doigt ou non. Etre reconnus comme des citoyens et citoyennes à part entière. «Ce n’est pas possible, pas entendable, pas imaginable que ça ne passe pas, m’a dit le conseiller d’Etat genevois – homosexuel – Thierry Apothéloz. La Suisse doit rattraper son retard par rapport aux pays européens, y compris à forte tradition catholique, et se mobiliser pour le faire.» Message reçu?

Par Albertine Bourget publié le 22 septembre 2021 - 08:58