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Dans les yeux d'une belge

Helvétismes: ces bizarres expressions suisses

Certains mots ou formulations paraissent banals aux Helvètes. Et pourtant, ils font sursauter plus d’un non-inité. Un glossaire de survie peut donc être salvateur pour un(e) expatrié(e). Chronique linguistique de mes débuts de jeune femme belge en Suisse.

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Tourisme en Suisse

Passés les innombrables clichés sur la Suisse, un francophone en visite chez nous sera face à une autre réalité/difficulté: celle de ces helvétismes qui parfois le laisseront pantois. «T'as où le mazot?»

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«Bienvenue, Pauline. Ça joue?» Euh… Merci… Mais non, je ne «joue» pas. A quoi pourrais-je jouer? Moment et sourire de gêne à mon premier jour en Suisse. On m’explique alors gentiment. Je ne peux retenir un rire. Des mois durant, la seule prononciation de ces deux mots sera synonyme de rigolade. Et dire que maintenant, je l’ai complètement intégré!

Et ce n’était que le début. «Tu veux une patte pour laver la table?» Ce fut ma deuxième épreuve linguistique en l’espace d’une demi-heure. Une «patte»… Me propose-t-on de l’aide? Est-ce une manière locale de m’aider à mettre «la main à la pâte»? Je ne bronche pas, ne sachant quoi faire. Et mes yeux s’écarquillent quand on me tend une… lavette. La découverte suivante dans le même genre sera la panosse. Pour moi, Panos, c’est une chaîne qui vend des sandwichs… 

Mais je n’étais de loin pas au terme de mon initiation. Mes hôtes me guident à travers mon nouveau chez-moi. «Tu peux sans autres utiliser le foehn», m’explique la maîtresse de maison en passant par la salle de bain. Rebelote pour le regard désemparé: je peux utiliser un objet mystérieux (le foehn) et «sans les autres»? J’y aurais donc droit, toute seule? Il faut qu’on m’explique. Ah c’était donc un sèche-cheveux. Un vent d’air chaud qui souffle dans la chevelure, d’après le célèbre vent des montagnes. De vrais poètes, ces Suisses! «Et puis, c’est pratique quand il roille!» Malgré l’image de vieille bouillie qui me vient à l’esprit, j’en déduis qu’il s’agit de la pluie. Après tout, chez moi, on dit qu’il «drache».

Le lendemain, des amis m’emmènent au bord du lac: quelle vue extraordinaire sur les montagnes! «Tu as pris ton costume de bain?», me demande une amie. Et là, d’un coup, un million d’images me traversent l’esprit: des femmes des années 30, vêtues d’accoutrements encombrants, ombrelle à le main pour protéger leur peau nacrée et, sortant de cabines roulantes en bois, des hommes moulés dans d’espèces de tenues de cyclistes rayées, les cheveux écrasés par un bonnet de bain ridicule. Ah ces Suisses… Je ne dis rien et enfile rapidement mon… maillot. Mais en sortant de l’eau, c’est reparti: on me réclame un «linge». Un essuie («serviette» en Belgique), tu veux dire?

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Après la détente au «bordu» (les Romands semblent économes en syllabes), je dois régler des obligations administratives. Car ce pays tient à «contrôler ses habitants», m’explique t-on. Un peu intimidée à l’idée d’être «contrôlée», j’attends fébrilement devant la porte. «Entrez seulement», me prie-t-on presque cérémonieusement. D’accord, je ne fais «que» rentrer. Une fois devant le guichet, j’ai droit à une autre formulation inédite: «J’ose vous demander votre carte d’identité?». Mon dieu, quelle déférence! La politesse suisse n’est décidément pas un mythe.

Par Pauline Bienfait publié le 22 juillet 2022 - 08:14