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© Anoush Abrar

«L’aide promise à la culture est nécessaire de toute urgence!»

Publié mercredi 11 novembre 2020 à 08:26
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Publié mercredi 11 novembre 2020 à 08:26 
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Coupée dans la promotion de son nouvel album, la chanteuse de yodel Melanie Oesch réagit à la fermeture de nombreux lieux culturels. Jeune maman épanouie, elle peut compter sur sa tribu familiale pour traverser cette deuxième vague.
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On ne la présente plus, Melanie, symbole du patrimoine helvétique, qui a sillonné, depuis son jeune âge, tout le pays pour partager son incroyable voix de tête.

A 32 ans, l’égérie du yodel vient de sortir, le 2 octobre dernier, un nouvel album avec sa famille: «Die Reise geht weiter» («Le voyage continue»). Un titre prophétique à l’heure où la deuxième vague de coronavirus paralyse de nouveau les artistes, qui doivent repousser leurs dates de concerts. Pour Melanie Oesch, cette situation n’est pas sans lourdes conséquences pour l’ensemble de l’industrie musicale suisse. Après un semi-­confinement à prendre soin de son fils Robin, qui fête ses 7 mois, la chanteuse de Oesch’s die Dritten ne compte pas hiberner cet hiver dans l’Oberland bernois. Avec le reste de sa tribu de musiciens, elle réfléchit à l’organisation de leur programmation 2021. La yodleuse prévoit de retrouver son public dès que possible. Entretien.

- Face à l’explosion de la pandémie, Berne a été l’un des cantons les plus sévères en fermant en premier les lieux culturels. Quelle a été votre réaction?
- Melanie Oesch: J’ai été choquée, car personne ne s’attendait à une décision aussi stricte et soudaine.

- Vous pressentiez que les autres cantons allaient suivre avec les mêmes mesures?
- Je pensais bien que le Conseil fédéral et les cantons allaient intensifier les restrictions. Mais j’espérais qu’ils laisseraient les lieux culturels accueillir 100 à 300 personnes avec les plans de protection. Comme tous les autres corps de métier, l’industrie musicale a besoin de travailler! On a déjà passé le semi-confinement à se concentrer sur d’autres activités, comme l’écriture, l’enregistrement, les répétitions à huis clos. Nous avons mis en place de nouveaux chemins artistiques, mais être sur scène, partager la bonne humeur de notre musique avec le public, c’est vital.

>> Lire l'entretien avec trois directeurs de festivals romands (Paléo, Montreux Jazz et Sion sous les étoiles)

- Comment gérez-vous le fait d’être de nouveau privée de concerts?
- Comme tous les musiciens dans cette situation exceptionnelle, je gère temporairement, mais je ne peux pas imaginer mon métier sans le rapport à la scène. Souvent, on me demande si je ne veux pas faire un autre job. Mais le yodel, c’est ma carrière! Et avec le groupe, nous avons environ 60 contrats en attente pour 2021. On a toute une équipe qui compte sur nous. Tu ne peux pas juste dire «Tschüss» comme ça, et claquer la porte.

Je me sens un peu comme devant une machine à café en panne

- La programmation 2021 s’annonce complexe. Allez-vous réussir à tout faire?
- Hier encore, nous étions sur Zoom avec ma famille pour discuter des projets. On se demandait si cela avait encore du sens de présenter notre nouvel album à l’automne. Pour le moment, on planche sur une reprise début 2021, mais s’il y a une troisième vague et qu’il faut tout décaler encore? Heureusement, le baptême d’une chanson face à un public est toujours un moment joyeux, que ce soit un jour ou un an après son enregistrement.

Anoush Abrar
Face à une situation exceptionnelle, l’artiste de 32 ans reste optimiste.

- Quel est l’impact direct de ce deuxième confinement sur la sortie de votre nouvel album, «Die Reise geht weiter»?
- On devait commencer notre tournée le 23 octobre. Pour le moment, on imagine la décaler en janvier 2021, mais je vous avoue que c’est difficile d’être catégorique. Cela fluctue si vite. Je me sens un peu comme devant une machine à café en panne. Tu restes là à attendre, car à tout moment il faut être prêt à déposer ta tasse si le café coule de nouveau. Dès que nous en saurons davantage, nous communiquerons les dates sur notre site web et sur les réseaux sociaux.

- Les ventes souffrent-elles de la crise?
- Je n’ai pas encore de chiffres, mais on est plutôt contents, car on a été directement quatrièmes des charts en Suisse. C’est un bon départ! Vous savez, cela nous tenait à cœur de conserver la date de sortie prévue bien avant le coronavirus. Cela n’avait pas de sens pour nous de la reporter malgré la conjoncture. Nos fans l’attendaient impatiemment. Je crois que les gens ont vraiment besoin de musique!

- Trouvez-vous que l’industrie musicale est suffisamment soutenue durant cette pandémie?
- Cela dépend de ton statut. En tant que PME, nous sommes partiellement aidés et nous avons de l’expérience dans ce domaine. Mais la plupart des artistes indépendants sont pénalisés. Ils ont besoin d’aide, et maintenant! Dans le contexte actuel, l’ensemble du secteur culturel en a besoin. Ce ne sont pas seulement les artistes qui sont touchés par cette situation à durée indéterminée, mais aussi un grand nombre de prestataires de services, de techniciens, d’organisateurs, de salles de concert, etc. L’aide promise est nécessaire de toute urgence. Au nom de tous les acteurs de la branche, j’aimerais voir une solution rapide et non bureaucratique!

Le yodel est une magnifique décoration de notre pays

- Le concert de yodel à Schwytz, très médiatisé car devenu un cluster en mi-octobre, aurait-il joué en votre défaveur?
- C’est fou, cette histoire, j’ai entendu que même le New York Times en a parlé! La presse a quand même monté tout cela en épingle. On sait qu’il y a d’autres clusters, surtout sur les lieux de travail ou dans le privé, mais les journalistes ont montré du doigt cette manifestation de yodel en jouant la carte sensationnaliste! Dans la situation actuelle, nous devons tous prendre des mesures de protection.

- Selon vous, quel est l’avenir professionnel des étudiants de l’Université de Lucerne qui suivent ce nouveau master en yodel proposé depuis 2018?
- Je trouve bien que l’on adapte le yodel à un système d’enseignement universitaire. J’ai envie de leur dire: «Continuez!» Le yodel, c’est une discipline merveilleuse, une magnifique décoration de notre pays qui va exister pour toujours. Mais il doit rester un art vivant qui ne s’apprend pas uniquement sur les bancs d’une haute école. Je le vois comme une langue qu’il faut pratiquer dans les chœurs ou à la maison.

Anoush Abrar
Après un congé maternité pour s’occuper de son premier enfant, Robin, la yodleuse de Oesch’s die Dritten se réjouissait de retrouver les salles de concert avec sa famille.

- Vous mentionnez les chœurs. Aujourd’hui, ils ont l’interdiction de se rassembler pour chanter ensemble. Cela vous touche?
- J’espère vraiment que les gens vont néanmoins chanter et yodler – pour le moment juste pour eux-mêmes, à la maison, sous la douche ou dans la voiture. Le yodel fait du bien.

- Pendant votre grossesse, vous disiez que ces chants calmaient votre fils, Robin. Cela fonctionne aussi comme berceuse?
- Alors c’est moins efficace (elle rit), mais il aime bien qu’on chante pour lui, pas besoin que ce soit du yodel!

>> Lire:  «Quand je yodle, je sens le bébé se calmer»

- Une vie sans yodel, vous l’imagineriez?
- Non, impossible! J’ai vécu les plus belles rencontres de ma vie à travers le yodel.

- Que répondez-vous à ceux qui vous considèrent uniquement comme une Heidi de la chanson folklorique?
- Heidi est un personnage lumineux, alors je le prends comme un compliment. Mais notre musique est davantage qu’un simple cliché. Les gens qui font cette association n’ont jamais assisté à un de nos concerts. Il faut aller au-delà des préjugés. Le yodel offre de nombreuses possibilités, il est dans l’air du temps. Par exemple, il y a deux semaines encore, des DJ norvégiens nous ont contactés pour reprendre l’un de nos morceaux et le mixer avec de l’électro. Le yodel crée parfois des contacts étonnants.

- C’est grâce à la musique que vous avez fait connaissance d’Armin, le père de votre enfant?
- Désolée, mais avec mon partenaire, on a décidé de ne jamais parler de notre vie privée. J’ai besoin de préserver un peu de jardin secret, car on partage déjà beaucoup avec ma famille.

Avec nos grands-mamans, on est souvent en mode «Achtung»

- Vous parlez de votre famille, les Oesch. Pendant le semi-confinement, vous vous êtes tous rassemblés dans la ferme familiale. Vous comptez le refaire cet hiver?
- C’est un cadeau d’être soudés, même s’il y a des gens qui rigolent sachant que je vis avec mes parents. Je trouve riche d’être entouré des siens et fantastique que mon fils grandisse avec des racines solides. Je pense par contre que je serai plus mobile qu’au printemps, car Robin a 7 mois et on peut faire plus d’activités avec lui.

Anoush Abrar
Melanie Oesch appelle à un soutien clair pour les musiciens, fortement touchés par la crise.

- Vous êtes aussi auteure de contes pour enfants avec les aventures d’Elin, une petite fille amoureuse de la forêt. Etre mère, cela-vous a-t-il inspiré de nouvelles histoires?
- Oui, mais pour le moment, je collectionne des idées. Je les testerai ensuite sur Robin. Je dois vous avouer que je n’ai pas encore prévu de date pour le tome 3.

- Votre clan rassemble aujourd’hui quatre générations. Avez-vous des craintes pour les personnes à risque?
- Nous faisons tous très attention. Mes frères, quand ils viennent en visite de Berne ou de Thoune, respectent les gestes barrières. Avec nos grands-mamans, on est souvent en contacts masqués, sur le qui-vive en mode «Achtung». Je dois dire que cela pèse un peu sur la spontanéité des échanges.


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