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Huis clos XI

«De l’art de porter la culotte»

Dans le onzième volet de sa chronique «Huis clos», l'humoriste romand Thomas Wiesel est tout heureux de la tournure joyeuse enfin prise par les conférences de presse du gouvernement.

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Thomas Wiesel ne se repose jamais. Ou bien? Valentin Flauraud

Les chiffres de contamination diminuent, et avec eux l’inquiétude de la population et des politiciens. L’atmosphère des conférences de presse du Conseil fédéral s’en ressent. Lorsqu’un journaliste tessinois demande à Alain Berset pourquoi les compétitions de sports de contact comme la lutte suisse sont toujours interdites alors que les salons érotiques rouvrent, la salle de presse du Palais fédéral résonne d’un rire presque cathartique.

Je ne me hasarderai pas à citer un ancien conseiller fédéral auteur d’une phrase mythique, mais le rire a pas mal de vertus (dont celle de payer mon loyer) et, dans ce cas, on a senti qu’il faisait du bien à tout le monde.

Personne ne niait la problématique des conditions de travail difficiles des travailleuses et travailleurs du sexe pendant le confinement (et le reste du temps aussi, d’ailleurs), mais la question était cocasse et a bien mis dans l’embarras le ministre de la Santé. La prostitution oui, la lutte suisse non. Pourtant dans les deux cas, il s’agit de passes où le but est d’arracher la culotte de l’autre.

«Là aussi, je pense qu’il y a un certain contact physique», formule joliment le journaliste. Oui, j’ai pas révisé récemment le Kama-sutra, mais je crois que les positions où la distance de 2 mètres est respectée entre les partenaires ont été recalées lors des brouillons. Mais pour avoir regardé quelques fois la Fête fédérale de lutte, il faut parfois un chausse-pied pour décoller les deux colosses après le duel, si bien qu’à la fin de la journée ils doivent avoir autant de sciure que d’ADN de leurs adversaires sur la peau.

«Bonne question», rétorque sobrement Alain Berset au milieu des gloussements de la salle. Les salons érotiques auraient pu rouvrir en même temps que les coiffeurs, dit-il, puisqu’il s’agit de services à la personne. Sauf qu’en général, quand on revient de chez le coiffeur, on est content quand les gens le remarquent. Pas sûr que ça s’applique aux maisons closes.

Le Fribourgeois, meilleur communicant parmi les sept Sages, rompu aux centaines de questions difficiles de ces derniers mois, se met pourtant à balbutier, comme un élève qu’on appelle au tableau: «Des concepts de protection doivent pouvoir être mis sur pied.» Sur pied? Il pense même aux fétichistes, personne ne sera oublié par le Conseil fédéral. Il faudra quand même m’expliquer quel est le concept de protection efficace dans ce cas-là. Je pensais pas avoir un jour en tête des images de combinaison latex intégrale en regardant une conférence de presse du Conseil fédéral. Il y a une première à tout.

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Et la bonne humeur était communicative, à côté de lui, la présidente de la Confédération avait un sourire de Meyrin à Saint-Gall en parlant de la reprise des chorales et du retour du jass dans les bistros. Je crois que j’ai même aperçu Karin Keller-Sutter esquisser une moue de satisfaction. Si même les robots se mettent à être en joie, c’est que tout va bien.

A la fin, Alain Berset a rendu hommage à Daniel Koch, Monsieur Covid de la Confédération, qui avait différé son départ à la retraite jusqu’à la fin de sa mission. Il peut désormais partir, auréolé des félicitations de son ministre de tutelle, loué pour son humour et ses cravates, et comme il le dit lui-même, désormais «très connu» des Suisses. On dit parfois qu’il n’y a pas de célébrités dans notre pays, il suffit d’une pandémie pour les révéler.

Et on espère que le coronavirus va tirer sa révérence en même temps que monsieur Koch, sauf qu’à lui, on lui dira pas merci du tout. En tout cas, après des mois à essayer de vous faire rire avec des trucs pas drôles, ça fait du bien d’avoir une matière première un peu moins anxiogène. Le pire, je touche du bois en me désinfectant avec du gel hydroalcoolique avant et après, devrait être derrière nous.

Je vous laisse, faut que j’annule mon voyage à Herisau pour participer à un tournoi de lutte suisse. Mais où vais-je bien pouvoir aller à la place? Vous connaissez des trucs qui ont rouvert récemment?

>> Lire la chronique précédente: «La soutane passe avant la caravane» 

>> Lire aussi l'interview de Thomas Wiesel: «J'ai adopté un rythme de vie plus serein»


Par Thomas Wiesel publié le 5 juin 2020 - 08:44