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Digital Valley 2023

«Nous voulons impliquer tout le monde»

C’est parti pour l’édition 2 de notre grand concours! «L’illustré» cherche la Digital Valley 2023. Diana Engetschwiler, directrice générale adjointe de Digitalswitzerland, détaille les problèmes que la Suisse devra affronter. Et révèle quel pays peut nous servir d’exemple.

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Diana Engetschwiler, directrice générale adjointe de Digitalswitzerland

Diana Engetschwiler, directrice générale adjointe de Digitalswitzerland.
 

Geri Born

Ancienne volleyeuse professionnelle, Diana Engetschwiler, 38 ans, sait mieux que quiconque comment on se prépare à un match décisif. La Bâloise a déjà dirigé trois fois la Journée suisse du digital. L’année dernière, l’événement a attiré 100 000 visiteurs. Elle est aujourd’hui directrice générale adjointe de Digitalswitzerland et siège au sein du jury chargé de dénicher la Digital Valley 2023, la vallée numérique de l’année prochaine.

- Vous souvenez-vous de votre premier smartphone?
- Diana Engetschwiler: J’ai longtemps refusé d’en acquérir un.

- Vraiment?
- Au gymnase, tout le monde en possédait un. Mais moi, je me suis dit que je n’en avais pas besoin. Et un jour j’ai remarqué que c’était quand même diablement pratique.

- Et désormais vous êtes collée à votre téléphone.
- Ma foi, oui. J’ai dû supprimer Instagram.

- Pourquoi?
- Ce genre d’application crée l’addiction. J’ai dû admettre que je voulais passer mon temps autrement. D’ailleurs, je lis de nouveau davantage sur papier qu’avant. Et je reste très longtemps hors connexion, notamment quand je voyage.

>> Lire aussi: Fascinés et fragiles face au numérique

- Et ça marche?
- Oui, et je constate que de telles pauses me font du bien. Quand j’étais sur l’îlot South Water Caye Marine Reserve, au Belize, il n’y avait pas internet du tout.

- C’est fou: vous vous réfugiez sur une île lointaine pour être inatteignable?
- La numérisation peut s’avérer envahissante. Il importe que nous décidions en toute conscience comment gérer toutes ces nouvelles possibilités. C’est un processus individuel mais continu. Il y aura probablement un jour une nouvelle profession très tendance consistant à aider les gens à gérer leur univers numérique.

- Depuis la crise sanitaire, en tout cas, nous devrions tous être passablement lassés du numérique.
- En effet. Nous sommes des êtres sociaux et, par conséquent, nous ne devrions pas être sans cesse branchés sur nos appareils. La numérisation, ce n’est pas seulement être assis devant son ordinateur et subir d’interminables entretiens vidéo. Il importe surtout de se simplifier la vie.

- Comment?
- Ce serait quand même pas mal si tous les cantons avaient le même logiciel fiscal. En tout cas, les cantons pourraient bénéficier bien davantage des expériences réussies des uns et des autres et adopter ce qui marche chez le voisin.

- Et quels autres chantiers imaginez-vous?
- En 2028, il nous manquera 35 000 personnes dans les technologies de l’information et de la communication. Cela rebute évidemment les entreprises qui voudraient s’établir chez nous. Choisiront-elles plutôt la Pologne? Nous devons vraiment nous attendre à un problème de relève.

- Que faire?
- Encourager les enfants, les jeunes, ceux qui souhaitent changer de métier et rendre certaines professions, du genre programmateur, plus attrayantes à leurs yeux.

- Pourtant, les salaires sont déjà très attrayants dans la branche.
- Oui, mais ces métiers pourraient être encore plus cools aux yeux des jeunes. Et on perd trop de femmes entre l’université et la vie professionnelle. Si ces branches créent un contexte favorable aux familles, on pourrait en séduire davantage.

- Quels pays s’y prennent mieux que la Suisse?
- Singapour investit à long terme dans des formations en mathématiques, informatique, sciences naturelles, technique et durabilité. Et accorde aussi des visas aux étrangers en fonction. C’est ainsi que ce petit Etat se construit des perspectives.

- Vous êtes la directrice adjointe de Digitalswitzerland et organisez de nouveau cette année les Journées suisses du digital. Pourquoi y a-t-il 19 sites?
Nous sommes passés de trois à 19 sites. Pendant la crise sanitaire, nous avons lancé un vaste programme TV en ligne. Désormais, il est vraiment temps de retourner au sein de la population. Plus nous serons dans les petites villes et les villages, mieux ça vaudra. A la campagne, ça fonctionne autrement: les cultures et les approches sont différentes de Zurich, Berne ou Lausanne.

- C’est-à-dire?
-
A la campagne, on voit plus d’enfants assister à nos Journées du digital et y prendre part sur le mode ludique. En ville, ce sont plutôt des jeunes qui s’intéressent avant tout à TikTok et à la programmation.

- Un seul grand événement n’aurait-il pas davantage de rayonnement?
- Bien sûr que ce serait génial d’avoir une sorte de 1er Août de la numérisation en Suisse! Nous ne pouvons pas organiser tout seuls la numérisation de tout le pays. C’est pourquoi il importe que nous soyons présents dans beaucoup de régions: cela nous permet d’intéresser et de responsabiliser une plus grande part de la population.

- Ce n’est pas déjà le cas?
- Les trois premières années, il nous importait de créer une prise de conscience face au numérique. Maintenant, nous souhaitons impliquer les gens activement. Pourquoi ne pas dispenser des cours, tenter quelque chose de nouveau, aborder un sujet qu’on ne comprend pas encore?

- Qu’en est-il des gens qui ne sont pas doués en la matière?
Ceux qui n’ont vraiment pas encore accès au monde numérique seraient bien inspirés de s’y mettre gentiment. Par exemple avec l’aide d’un de leurs enfants qui s’y connaît. On peut notamment apprendre comment fonctionne l’e-banking ou comment on passe un appel téléphonique en vidéo.

- Et que dites-vous à ceux qui craignent pour leur emploi à cause de la numérisation?
- En Suisse, nous n’avons pas de problème de chômage. Au contraire, il y a pénurie de main-d’œuvre. L’essentiel est de continuer à évoluer puisque le monde change. Mais c’était déjà pareil il y a cent ans.

- Pourquoi Digitalswitzerland cherche-t-elle la Digital Valley 2023 en collaboration avec «L’illustré»?
- Nous voulons savoir ce qui se passe à la campagne. Les villes sont souvent suffisamment desservies. Que se passe-t-il à l’écart des centres urbains, sur les domaines skiables, dans les régions de montagne? On attend de le savoir!

 

Par Lynn Scheurer publié le 7 septembre 2022 - 06:31