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Dans les coulisses de la rédaction

Quand le journalisme devient un sport

Il a fallu des semaines et beaucoup d’ingéniosité pour réaliser les photos des sélectionnés aux JO. Un exercice hors norme.

JO

Notre journaliste dévoile les coulisses de notre opération spéciale «Jeux olymiques». Elle revient notamment sur ses rencontres avec les différents athlètes et les rôles, souvent joyeux, qu'elle a endossés. 

Valentjn Flauraud

A première vue, la tâche ne paraît pas insurmontable: contacter une douzaine de sportifs, organiser une rencontre, les interroger, les photographier. Mais à première vue, seulement. Car quand le covid, les blessures et la météo s’en mêlent, cela devient une histoire un peu plus rock’n’roll.

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En mars dernier, nous mettons les mains dans le cambouis. Aïe, première déconvenue, nous nous apercevons vite que l’immense majorité des sportifs romands s’entraîne à l’étranger et, pas de chance, sur la fameuse «liste rouge» de l’OFSP figurent quasiment… tous les pays de la planète Terre. De nature optimiste, nous commençons à organiser les rendez-vous en espérant que la situation se calmera mais quelque chose d’autre cloche: les qualifications, reportées, se concentrent au mois de juin, une dose d’incertitude en plus.

Toujours de nature optimiste, c’est comme cela que nous rencontrons Sarah Atcho, mi-avril à la Pontaise, à Lausanne (elle ne sera officiellement qualifiée pour le relais que le 5 juillet, nous avons tremblé). Devant l’objectif de Valentin Flauraud, la championne enchaîne les courses et les départs pendant deux heures et demie. La température ne dépasse pas les 12°C. Alors, pour les essais lumière et entre chaque prise, la jeune femme enfile un immense pyjama une pièce en peluche.

L’idée du photographe? Insérer de la fumée dans le cadre. Télécommande à la main, moi-même, journaliste, je me transforme en machiniste fumée en activant une grosse boîte digne des plus grandes soirées des années 2000. Gérer la fumée, ça s’apprend (surtout après s’être fait passablement savonner par l’équipe tchèque de canoë-kayak dont la visibilité s’est un peu réduite après un passage de Martin Dougoud et Thomas Koechlin), et nos Romands m’excuseront en voyant les photos, mais je leur en ai fait manger des nuages entiers (rien de toxique, rassurez-vous).

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Dans la famille des variables, incontrôlables cette fois, nous nous sommes retrouvés avec Maud Jayet sur le Léman avec un vent proche du néant. «Et maintenant, on fait quoi?» On fait semblant qu’il y a du vent. C’est comme ça que la Vaudoise s’est balancée dans son bateau pendant trois heures pour le faire bouger et donner une vague impression de mouvement à ce lac d’huile. Evidemment, le jour d’après, un énorme orage éclate sur le Chablais alors que Zoé Claessens passe des bosses sur son bicross. La séance s’interrompt, nous nous abritons sous la structure métallique de la rampe de départ («Heu, vous êtes sûrs que c’est une bonne idée?»).

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Puis il y a toutes ces petites choses qu’on ne voit pas et qui sont néanmoins indispensables: du scotch sur l’épée de Lucas Malcotti qui ne prenait pas la lumière des flashs, un tuyau pour arroser Michelle Heimberg pendant ses sauts, 214 875 balles lancées à Rachel Moret et des positions abracadabrantes du photographe pour trouver l’angle magique. C’est dans la boîte, c’était du sport, alors merci à eux d’avoir pendant des heures répété les mêmes sauts, brasses, courses, tirs, coups, départs. Merci pour votre gentillesse, «merde» pour Tokyo. 

Par Camille Pagella publié le 22.07.2021