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© Stephane Grangier

«Demain, l’hygiène sera incontournable»

Publié lundi 22 juin 2020 à 17:25
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Publié lundi 22 juin 2020 à 17:25 
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Frédéric Saldmann est cardiologue, nutritionniste, spécialiste de l’hygiène. Auteur d’une quinzaine de livres, il imagine un futur où préserver notre immunité et développer notre capacité à la renforcer joueront un rôle prépondérant. Avec l’hygiène.
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- L’hygiène, remise au goût du jour par cette crise, va-t-elle dominer le monde de demain?
- Frédéric Saldmann: Oui, elle sera incontournable. On la considérait comme ringarde, on avait cessé de l’enseigner à l’école dans les années 1960 avec l’apparition des antibiotiques, mais on redécouvre aujourd’hui que c’est un facteur essentiel pour nous prémunir contre la maladie, ce d’autant que le coronavirus n’est pas la dernière pandémie à laquelle nous serons confrontés. Mais l’hygiène ne concerne pas que le lavage des mains, c’est un ensemble important de petites règles techniques et pratiques qu’il va falloir maîtriser à l’avenir.

- Quelles sont-elles?
- Par exemple, on devrait nettoyer chaque matin son portable, son bracelet de montre (avec l’humidité, c’est un véritable taudis à microbes) et sa carte de crédit. Une récente étude sur les cartes d’une centaine d’individus a démontré que les cercles des chiffres, principalement les 0, 6, 8 et 9, étaient de véritables paradis à bactéries qui se multipliaient avec un niveau de contamination qui variait entre 300 et 400 colonies bactériennes par carte.
Une autre habitude à prendre, quand on va aux toilettes, c’est de baisser le couvercle de la cuvette des WC avant de tirer la chasse d’eau. On peut éviter ainsi 30% d’infections ORL avec les virus et les bactéries qui remontent et atteignent le visage. Les Américains le font beaucoup plus que les Français, si fiers de ce que leurs entrailles produisent qu’ils restent béats à les admirer.
Je recommande encore de se brosser sous les ongles chaque soir, car là aussi les virus s’agglomèrent. Il va falloir aussi être plus strict au niveau de l’alimentation. Le ver solitaire est en résurgence, avec 100 000 cas de ténia par an en France. Il faut donc absolument congeler le poisson ou la viande crue avant de faire un tartare ou des sushis. Et penser à nettoyer son frigo au moins deux fois par mois pour ne pas risquer de voir se développer la listéria, à l’origine de certains avortements ou méningites.

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- Vous nous dépeignez un futur complètement aseptisé… N’est-ce pas un peu effrayant?
- Non, il y aura toujours assez de bactéries et de virus dans l’air que nous respirons et les aliments que nous mangeons. Rassurez-vous, on n’est pas sous cloche. Mais je vous ferai remarquer que Louis Pasteur déjà ne serrait jamais la main.

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- Dans ce nouveau monde vers lequel nous nous dirigeons, vous appelez à une éradication de la poignée de main et du baiser social?
- Totalement, oui. Moi-même, je ne les pratique plus depuis une quinzaine d’années. J’ai ma tactique pour ne pas vexer quelqu’un qui s’approche en vue de me serrer la main ou de m’embrasser: je serre la personne dans mes bras en tournant la tête vers l’extérieur, c’est le «hug» américain, plus chaleureux qu’une bise ou une poignée de main, et en même temps il n’y a pas de contact peau à peau. Il n’y a rien de pire que quelqu’un qui vous bave sur la joue.

- On ne se fera plus de «french kiss» dans le monde de demain?
- Celui-là doit être conservé, il fait beaucoup de bien notamment grâce aux hormones du bonheur, dopamine, endorphines, qu’il dispense. Mais les amoureux sont eux-mêmes des nids à bactéries. On a étudié les pieds des couples et découvert que chacun d’entre eux a 80% de bactéries en commun avec l’autre. C’est pour cela que je recommande toujours d’aller en couple chez le dentiste. Celui qui a la bouche la moins saine va inévitablement transmettre ses bactéries à l’autre. Or l’hygiène buccodentaire est primordiale pour se protéger des maladies. On sait qu’on retrouve au niveau des dents des bactéries spécifiques à certaines maladies cardiovasculaires, à l’alzheimer ou à certains cancers du pancréas ou de la prostate. Une bouche en mauvais état est la porte d’entrée de beaucoup de maladies.

- Demain, notre rapport à la maladie va-t-il changer?
- Oui, parce que dans cette pandémie, où il n’existait pas de traitement ni de vaccin, les gens ont compris que la seule façon de se protéger, c’est avec leurs propres défenses. L’histoire du coronavirus, c’est une histoire d’immunité. La population a réalisé que les gens qui mouraient de ce virus étaient en majorité âgés, donc avec une immunité plus faible, en excès de poids, diabétiques, hypertendus… Autrement dit, c’est dans l’assiette, pour une bonne part, que se fabriquent tous les jours les risques d’attraper le virus.
Je n’ai jamais vendu autant de livres pendant ce confinement, et c’est valable pour tous les ouvrages qui donnaient des conseils pour se forger une bonne immunité*. Elle reste notre bouclier. Elle nous permet de nous débarrasser des cellules cancéreuses que l’on fabrique tous les jours, de nous protéger des maladies infectieuses bactériennes ou virales, cardiovasculaires, neurodégénératives. Mais il n’existe aucun médicament pour l’augmenter, alors que faire?

- Oui, que faire?
- On peut commencer par trente minutes par jour d’exercice physique sans s’arrêter. Les vingt premières minutes, on brûle du sucre, ça ne sert pas à grand-chose, mais ensuite, ce sont les mauvaises graisses qui s’en vont. Et, surtout, on libère 1004 molécules protectrices dans le corps, il est là, notre bouclier! Du fait que ces molécules n’ont qu’une durée de vie de vingt-quatre heures, il faut faire de l’exercice physique chaque jour, cela ne sert à rien d’en faire cinq heures le week-end! L’actualité va dans mon sens: on a découvert il y a quelques semaines une enzyme sécrétée par nos muscles qui serait active contre le Covid-19. Nous fabriquons nos propres molécules antivirales.

- Vous mettez en pratique vos conseils?
- Oui. Au plus fort de la pandémie, voyant l’ampleur qu’elle prenait puisque je travaille comme cardiologue à l’hôpital, j’ai fait tous les matins une heure de vélo elliptique dans mon bureau. Le sommeil est aussi un facteur important de protection. On sait que les gens qui dorment moins de sept heures par nuit ont deux fois plus de risques d’attraper la grippe.

- Vous êtes nutritionniste, quelle est la piste à explorer pour ce monde d’après?
- Je crois beaucoup aux vertus du jeûne séquentiel ou intermittent de seize heures. Ne manger que deux repas sur trois. Des études portant sur ce jeûne spécifique ont montré de réels bénéfices. On a relevé sur les personnes qui le pratiquaient moins d’allergies, de rhumatismes, d’asthmes et surtout moins d’inflammations du corps. L’inflammation, c’est la porte d’entrée de toutes les maladies. A chaque seconde, le corps humain produit 20 millions de cellules destinées à remplacer les mortes et le risque d’erreur de copie augmente avec l’âge, ce qui favorise l’apparition de cancers.
Je recommande aussi la douche froide le matin. En plus de booster le système immunitaire, elle augmente la bonne humeur! Dans le monde de demain, et c’est peut-être ce que cette crise aura eu de bénéfique, on aura réalisé que la responsabilité individuelle en matière de prévention et d’hygiène devra être la règle. Au plus profond de l’être humain, il existe des moyens d’autoguérison extrêmement puissants.

>> Lire aussi: «Jetez-vous à l'eau... froide!»

>> * Un livre: «On n’est jamais mieux soigné que par soi-même», Dr Frédéric Saldmann, Ed. Plon.


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