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© sedrik nemeth

Des pistes pour un tourisme raisonnable

Publié vendredi 19 juin 2020 à 08:45
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Publié vendredi 19 juin 2020 à 08:45 
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En limitant leur mobilité, le confinement a rappelé aux Suisses, champions du monde des voyages en avion, que la bougeotte compulsive n’était pas vitale. Le jeune géographe et député vert valaisan Jérémy Savioz propose des pistes pour un nouveau tourisme raisonnable.
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- Le tourisme mondial actuel, quand un virus ne le paralyse pas, c’est 1 milliard de voyageurs par année et plus de 10% des émissions de gaz à effet de serre. Que faut-il faire pour ralentir cette fuite en avant?

sedrik nemeth
Jérémy Savioz, écologiste et géographe valaisan, membre de Pro Natura.

- Jérémy Savioz: Au niveau du tourisme mondial, c’est surtout le transport, principalement aérien, qui pose problème. Nous sommes directement concernés, car ce sont les Européens qui voyagent le plus en avion. Et nous, les Suisses, sommes parmi les champions du monde des kilomètres parcourus en avion. Le trafic aérien a presque doublé en vingt ans dans notre pays, une évolution qui concerne essentiellement les vols à courte distance pourtant faisables en train. Dans le contexte du dérèglement climatique, ces statistiques sont très préoccupantes.

>> Lire notre grand guide des voyages en train

- Qu’est-ce qui doit changer pour calmer cette voracité collective de voyages aériens?
- Il faut d’abord un profond changement de paradigme qui consiste à rendre le tourisme de proximité au moins aussi attrayant et avantageux que les destinations lointaines. La plupart des Suisses n’ont jamais vu le Cervin en vrai et la plupart des Chinois n’ont jamais vu leur Grande Muraille! Je crois que les gouvernements ont un rôle à jouer pour encourager leurs citoyens à visiter leur propre pays et les pays voisins. Cela peut passer par des mesures économiques d’incitation. Je trouve aberrant que les vols en avion soient trop bon marché par rapport au transport ferroviaire. Bien que les taxes soient impopulaires, celle sur le kérosène n’a aucune raison de ne pas exister. Une telle taxe pourrait permettre d’alimenter un fonds de soutien à un tourisme de montagne à faible impact écologique par exemple.

>> Lire: «Ces entrepreneurs qui cultivent des idées d'avenir»

- Encore faudra-t-il que le milliard annuel de touristes acceptent de renoncer plus souvent aux frissons de l’exotisme rapide qu’offre l'avion.
- C’est un énorme défi. Et nous sommes mal placés pour donner des leçons aux populations qui ont accès à ce genre de voyage depuis quelques années seulement. Mais on constate aussi un boum du tourisme local dans les pays occidentaux, ou d’alternatives comme l’écotourisme ou l’écovolontariat. Cela ne se traduit hélas pas encore par une baisse du trafic aérien.

- Quels sont vos conseils pour préparer des vacances à faible impact?
- D’abord, prendre le temps de bien choisir sa destination et privilégier les transports en train. Choisir aussi des hébergements ayant opté pour la simplicité, l’authenticité. S’informer sur les richesses naturelles et culturelles locales. Renoncer à l’achat de petits souvenirs qui sont presque toujours fabriqués en Asie. Et puis il me semble pertinent de se dire que le voyage commence sur le pas de sa porte. Le trajet fait partie du voyage. J’adore prendre le train précisément pour cette raison, car on peut voir évoluer les paysages.

- L’avion à outrance commence quand même à devenir tabou, non?
- Oui, c’est lié à une prise de conscience croissante et réjouissante, même si les statistiques montrent que les vols bon marché restent plus prisés que jamais. L’idéal du voyage lointain, garant de photographies susceptibles de rendre ses amis jaloux une fois postées sur son compte Instagram, est encore vivace.

>> Lire l'interview du patron d'Easyjet Suisse: «L'avion peut être plus écologique que le train»

- Le coronavirus a provoqué une ruée sur la location de camping-car. Votre avis sur cet engin?
- Il peut être intéressant, d’autant que des modèles électriques ou équipés de panneaux photovoltaïques arrivent sur le marché. Mais attention à ne pas se garer n’importe où! A Derborence (VS), par exemple, certains usagers y passent la nuit alors qu’il n’est pas permis de le faire dans une réserve naturelle.

- En plus de la pression écologique due au transport, il y a celle du tourisme de masse sur les écosystèmes.

- Cette concentration de foules au même endroit et sur une courte période de temps peut effectivement être dévastatrice. Et si cela concerne moins la Suisse, certains de nos sites souffrent quand même de leur attractivité. Derborence ou encore le Creux-du-Van (NE) sont des réserves naturelles qui accueillent parfois plus d’un millier de visiteurs par jour (et des centaines de voitures) et les règles sont trop rarement respectées: détritus, activités hors des sentiers, camping, feux, drones, baignades, paddle, etc.

- Ce manque de respect est-il dû à une législation trop laxiste?

- Je pense plutôt que le problème, c’est le manque de moyens (ou de volonté!) pour faire respecter les règles. En Suisse, il n’y a que le Parc national, dans les Grisons, qui se donne les moyens d’appliquer son règlement. La sensibilisation, c’est essentiel, mais elle a des limites. Il faut plus d’encadrement.

- Rappelez-nous, justement, les bons comportements à adopter dans une réserve naturelle.

- Cela dépend des réserves, mais la première règle consiste à rester sur les chemins balisés. Il faut aussi ramener ses déchets chez soi, renoncer au camping, aux grillades et dans certains cas à la baignade. Il y a d’autres sites prévus pour ces activités. Ces interdictions légitimes sont hélas mal perçues par une partie de la population qui considère que la nature lui appartient.

VALENTIN FLAURAUD / Keystone
Glacier 3000, le 2 juin 2020.

- Faudrait-il créer de vrais sanctuaires naturels en Suisse pour conserver des écosystèmes en bonne santé?
- Je milite en tout cas avec ferveur pour un deuxième Parc national, en Suisse occiden­tale. Malheureusement, tous les projets de ce type sont actuellement au point mort. Le label Parc national est très recherché par les touristes suisses qui voyagent à l’étranger. L’inverse est aussi vrai. L’exemple des Grisons nous montre que c’est un formidable outil pour la conservation de la nature mais aussi pour l’économie locale.

- L’obstacle à de tels nouveaux parcs nationaux est avant tout local?

- Oui, les freins existent essentiellement à l’échelle communale. Des projets plus modestes de parcs naturels régionaux ont déjà été avortés ou amputés par le refus de certaines communes concernées… dont certaines se mordent les doigts aujourd’hui!

- Avez-vous constaté que la nature se porte mieux grâce à cette pause partielle des activités humaines due au coronavirus?

- Non. C’est en fait une fausse impression. Les humains ont réduit leurs activités mais dans une proportion trop modeste et sur une période bien trop courte pour que cela puisse avoir un réel effet sur la nature. Tout au plus les gens ont-ils été plus attentifs aux chants d’oiseaux dans leur quartier devenu subitement plus calme. Certains médias ont surinterprété les conséquences de ce confinement sur la vie sauvage. Par exemple à Venise, la transparence de l’eau était simplement due à l’arrêt de la navigation sur les canaux, la vase n’étant plus brassée. La faune et la flore aquatiques sont devenues visibles, mais pas plus abondantes qu’auparavant.

- Trois espoirs pour le tourisme suisse?

- Que l’hôtellerie, la para-hôtellerie et la location continuent leur progression, en toutes saisons. Sachant qu’un quart de nos domaines skiables pourrait fermer ces trente prochaines années à cause du changement climatique, miser sur une plus grande diversité de l’offre (parcs naturels, produits du terroir, stations thermales, randonnée, VTT, etc.) afin de renforcer le tourisme en dehors de la saison d’hiver. Enfin, continuer à rénover nos infrastructures existantes plutôt que d’en construire de nouvelles.

- Où irez-vous cet été en vacances?

- Avec ma compagne, nous avions prévu d’aller en train dans les Abruzzes en Italie. Mais vu la situation, nous avons modifié le programme: ce sera cinq jours de rando entre Altdorf et Glaris fin juin, puis cinq jours de camping au bord du lac des Quatre-Cantons. J’ai pu constater que de nombreux établissements étaient déjà complets. Le tourisme en Suisse devrait très bien marcher cet été.

Andrea Mantovani/The New York Times/Redux/laif
Place de la Concorde, à Paris, déserte le 18 mars, en début de période de confinement.

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