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Covid-19

QAnon: comment la Suisse a été infectée par le complotisme

Dans le sillage du Covid 19, la fameuse théorie du complot américaine Qanon s’est infiltrée en Suisse, notamment dans les milieux New Age. Une constellation diffuse qui alimente les tensions autour de la vaccination.

QAnon

Ce collage est un florilège d’images récoltées notamment dans différents canaux francophones de la plate-forme Telegram, très prisée des complotistes depuis que Facebook, Twitter, Instagram et YouTube se sont mis à interdire les pages et les groupes ouvertement liés à QAnon.

DR, Instagram, Tamedia

Des familles déchirées. Des couples qui divorcent après des décennies de mariage. Des suicides, parfois. Depuis que QAnon a fait son apparition, la mouvance conspirationniste, née aux Etats-Unis en 2017, a fait des ravages. Outre-Atlantique bien sûr, mais bien au-delà. Parmi les 200 000 membres du groupe QAnon casualties (victimes de QAnon) de la plateforme américaine de débats Reddit, qui y évoquent leur traumatisme personnel et font part de leur désarroi, se trouvent aussi des Suisses dont la vie a été bouleversée par cette théorie du complot appelant au «Great Awakening» (grand réveil) des masses aveuglées.

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QAnon, théorie du complot apparue en 2017 dans le sillage des “prophéties” de la figure anonyme Q, selon laquelle les Etats-Unis et le monde entier seraient gouvernés par une élite mondialisée appartenant à une secte "pédo-satanique".

DR

C’est le cas de Mirko*, la vingtaine. Ses parents, raconte-t-il, ont eu une vie difficile après avoir quitté les Balkans pour la Suisse. Son père a toujours été adepte de théories du complot. Pas sa mère. «Elle remettait l’église au milieu du village.» Jusqu’à la pandémie. «Elle qui ne prenait jamais part à des discussions politiques est devenue obsédée au printemps 2020. Elle s’est mise à passer des heures sur YouTube et Facebook, à sauter constamment d’une «info» à une autre, à avaler des théories sur Trump et sa descente divine sur terre où il nous débarrassera de tous les pédophiles.

Quand elle me voyait parler d’autre chose, elle me reprochait de ne pas être «éveillé» comme elle. Elle qui était joyeuse et aimante est devenue accro à ces sites et voit aujourd’hui le mal partout. Pour moi, QAnon, c’est une abomination de gens non informés qui ne font pas confiance aux autorités, un prétexte à déblatérer sur tout un tas de choses auxquelles ils ne connaissent rien et dont ils se fichaient bien jusqu’au moment où ce qui se passait a eu un impact sur leur vie.» Aujourd’hui, les parents de Mirko continuent de refuser le vaccin, «qui va les micro-pucer et les tuer». Sa mère n’a pas souhaité répondre à nos questions. Lui essaie de se concentrer sur son apprentissage.

Cet automne, Nicole*, Suissesse quadragénaire, «matche» avec un homme sur le site de rencontres Tinder. «Dis-moi que tu ne t’es pas fait injecter», lui écrit-il. Mais si, elle a reçu le vaccin contre le covid. Il accepte quand même de lui parler. Ils discutent sur WhatsApp, se parlent au téléphone. Leurs échanges sont tendres. Elle se réjouit d’avoir rencontré quelqu’un «d’extrêmement intelligent», avec lequel elle partage de nombreux centres d’intérêt. Ils décident de se rencontrer. Mais il annule, une fois, deux fois. Il finit par lui écrire qu’ils n’auront jamais «une connexion profonde», qu’elle a «vendu [son] âme aux démons. Je refuse d’avoir des relations avec des femmes vaccinées.»

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«C’était comme Docteur Jekyll et Mister Hyde, raconte Nicole. Il pouvait se montrer adorable et tout d’un coup extrêmement brutal. Il me disait que si on s’embrassait ou qu’on avait des relations sexuelles, j’allais l’infecter et que l’Etat allait le contrôler avec ce qu’on m’avait injecté. En relisant ses messages, j’ai compris qu’il était totalement dévoré par les théories complotistes proches de QAnon. L’ironie de tout ça, c’est qu’il travaille dans l’industrie pharmaceutique», glisse-t-elle. De retour sur Tinder, Nicole est «beaucoup plus prudente» avec les profils qu’elle consulte. Et constate que «beaucoup d’hommes indiquent ne pas vouloir de femme vaccinée».

A l’été 2020, le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC), basé à Genève, commence à être interpellé par des personnes inquiètes pour leurs proches. L’une se fait du souci pour sa mère septuagénaire, isolée dans son petit village, qui proclame son soutien à Trump, tient pour la première fois des propos racistes et la bombarde de vidéos YouTube. Une autre s’alarme du comportement de sa fille, qui s’est mise «à fréquenter de manière assidue un cours de yoga dans le canton de Vaud et à tenir des propos complotistes, notamment à propos de Trump, suite à sa perte d’emploi durant le confinement».

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Donald Trump, L’ex-président américain, qui a maintes fois dénoncé le “Deep State” (l’Etat profond) tirant les ficelles, est vu comme le leader messianique à même de démanteler la “cabale”. Ce sera “le storm” (la tempête).

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L’équipe du CIC dirigée par Manéli Farahmand se penche alors sur QAnon et ses ramifications en Suisse en épluchant les sites alternatifs de «réinformation». Le quotidien genevois «Le Courrier» est le premier à évoquer les recherches du Centre intercantonal d’information sur les croyances. Dont l’équipe constate que «le répertoire QAnon est souvent mobilisé», notamment l’idée de l’existence d’un État profond: le fameux «Deep State» dénoncé par Donald Trump, soit une hiérarchie parallèle qui gouvernerait en secret.

«On peut considérer la ligne QAnon comme une matrice de sens ou une grille de lecture ou d’interprétation au regard de laquelle sont lues les politiques sanitaires et d’autres thèmes liés à l'actualité», indiquent Manéli Farahmand et le chercheur Mischa Piraud. Qui distinguent deux lignes dans cette «constellation QAnon»: d’une part une ligne fortement politisée proche de la veine nord-américaine, «liens avérés avec l’extrême droite, appel à la violence notamment par des cercles fermés sur Telegram, et de l’autre une ligne holistique édulcorée proche des conspiritualités» (voir note). Parmi les groupes liés à l’extrême droite, La Rose Blanche, qui a des ramifications en Suisse comme en Belgique. Si ses membres dénoncent la «dictature sanitaire», leurs attaques contre le «nouvel ordre mondial» visent particulièrement la théorie du genre et les mouvements de défense LGBTIQ±.Mais c’est donc auprès des milieux New Age que QAnon va trouver un écho frappant en Suisse. Parmi ces figures, citons le septuagénaire genevois Christian Tal Schaller, «pionnier de la médecine holistique», qui nie depuis des années le lien entre le virus VIH et le sida et pense que le monde est manipulé par Bill Gates. Et une jeune femme alors inconnue qui va rapidement s’imposer dans le discours alternatif: Ema Krusi.

Dans les premiers mois de la pandémie, la Genevoise revendique une forme de ralliement à QAnon, en utilisant le hashtag sur ses réseaux sociaux. Après avoir vu sa boutique de chaussures fermée à la suite de son refus d’imposer le port du masque, elle conclut, en août 2020, une vidéo par un beau sourire et le sigle Q sur sa paume ouverte. L’affaire fait les gros titres. «Je ne veux pas être assimilée à des mouvements d’extrême droite», pirouette-t-elle dans un portrait publié dans nos pages. Depuis, les mentions de la mouvance semblent avoir disparu de ses plateformes. Plus besoin? Divergences? Voire.

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En novembre 2020, lors d’un live hebdomadaire de «L'info en QuestionS» – une émission alors diffusée sur YouTube, «née d'une demande grandissante d'informations libres» est-il précisé – rassemblant Ema Krusi, Tal Schaller et le Belge Jean-Jacques Crèvecœur, un autre soignant holistique, le Genevois relaie «un scoop» qu’il vient de recevoir à propos de la stratégie de «la Q force et de son chef Trump»: ils auraient, grâce à un «marqueur nanotechnologique de taille moléculaire utilisé depuis onze ans par la CIA», rien que ça, laissé l’opposition démocrate frauder les élections afin de dévoiler au reste du monde leurs «crimes et haute trahison». «Trump proclamera probablement la loi martiale au plus tard le 6 décembre [2020, donc] pour que 400 000 arrestations aient lieu et que les plus hauts responsables US impliqués dans le complot d’Obama et de toute son équipe soient arrêtés et placés au secret à Guantanamo.» C’est le fameux «storm» (tornade), se réjouit Tal Schaller. Tout le monde opine.

Aujourd’hui, Ema Krusi propose des formations «pour se déprogrammer». Redevenue mère depuis peu, elle évoque le 3 décembre dernier, dans un entretien live avec la Genevoise Chloé Frammery, Tal Schaller et Jean-Jacques Crèvecœur, son nouveau combat: la surmédicalisation des naissances et notamment l’ocytocine de synthèse délivrée aux parturientes. «Ce qui vient de se passer depuis un an et demi n’aurait jamais pu se passer si les couples avaient vécu l’enfantement de la manière la plus naturelle, la plus sacrée, la plus puissante qui soit. [...] Si toutes ces personnes-là avaient goûté à cette puissance en étant libérées de la peur, [elles] ne seraient ni vaccinées ni masquées.»

QAnon

Capture d’écran d’une vidéo diffusée en octobre dernier par les Freiheitstrychler. Les Sonneurs de cloche de la liberté mettent le feu à une seringue géante sur laquelle ont été gravés les mots “Covid 19”. La vidéo, appelée “Les Freiheitstrychler rencontrent le “Great Reset””, référence complotiste, est visible sur leur site.

freiheitstrychler.ch

Après avoir vu ses chaînes YouTube fermées, la Genevoise a monté son propre site avec deux lignes de vidéos, l’une «déployant une lecture complotiste des guerres [...] menées dans l’intérêt de francs-maçons en vue de diriger le monde», analyse le CIC. Dans l’autre se profile une lecture complotiste de la médecine: «se mêlent aux discussions géopolitiques les notions d’«énergie», de «vibration», au centre d’un discours aux teintes millénaristes (voir note)», analyse le CIC. Lequel, dans le papier de recherche «Quand une «théorie du complot» politique se fait révélation spirituelle: éléments sur la réception helvétique de QAnon en temps de pandémie», conclut: «Le discours d’Ema Krusi se situe désormais à l’exacte croisée de l’ultra-droite et du New Age.»

D’autres revendiquent leur allégeance à Q, à l’instar de Leonard Sojli, basé entre le Valais et la France et créateur du site Les DéQodeurs. Il est l’un des complotistes francophones les plus suivis. «Léonard Sojli dit lui-même avoir été convaincu par de nombreuses théories du complot depuis le 11-Septembre avant de devenir croyant et d’embrasser les théories de QAnon», rappelle Pascal Wagner-Egger, professeur en psychologie sociale à l’Université de Fribourg, qui a publié cette année «Psychologie des croyances aux théories du complot – Le bruit de la conspiration».

Le spécialiste souligne les aspects sectaires et religieux de QAnon. «On le voit avec le chamane du Capitole (ndlr: Jacob Chansley, émeutier du Capitole le 6 janvier dernier, condamné depuis par la justice), les mentions récurrentes d’éveil: il y a un côté religieux, messianique, avec cette idée de la justice qui va être rétablie sur Terre et qu’il faut garder la foi.» Le chercheur évoque les prophéties maintes fois annoncées à telle ou telle date précise comme allant apporter des preuves de fraude massive ou de pédophilie des démocrates. «Le même processus est à l'œuvre chez les coronasceptiques, qui nous annoncent des procès covid dans tous les pays depuis le mois d’avril 2021 et qui, face à leurs prédictions ratées, continuent d’y croire et de penser que «ça arrivera un jour ou l’autre.»

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Leonard Sojli. Ce complotiste francophone très suivi, par le biais de son site “Les DéQodeurs”, a récemment semé le trouble en se revendiquant de Q mais en rejetant les “QAnon”, “qui ne prennent pas la guerre de l’information au sérieux”.

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Certains n’ont pas attendu QAnon pour dénoncer des élections truquées et voir dans la situation actuelle l'œuvre de Satan. C’est le cas de l’hyperactif vaudois François de Siebenthal – avant son hospitalisation liée, révélera «24 heures», au covid, même si Chloé Frammery glissera sur Facebook qu’«un empoisonnement est possible». Figure du comité anti-loi covid, il dénonçait sur son site en 2016 la cérémonie d’ouverture du tunnel du Gothard. «Les Illuminati ne se cachent même plus, ils s’exposent», écrit-il alors. Les images, à vrai dire effarantes, de la même cérémonie ouvrent une vidéo, diffusée en novembre, des Freiheitstrychler (les «sonneurs de cloches de la liberté»). Dans laquelle sont également filmés une affiche du Palais fédéral en train d’être détruite et un ballon orné du symbole du «Great Reset». Soit «la grande réinitialisation», dévoilée en mai 2020 par Klaus Schwab, le patron du World Economic Forum, visant à reconstruire l'économie de manière durable après la pandémie, et récupérée depuis par les complotistes comme preuve d’un complot mondial. Dans «Blick», le chercheur zurichois Marko Kovic parle de «coming out complotiste» des sonneurs de cloches.

Le Pôle de compétences sur les questions religieuses et idéologiques Rhizôme est également interpellé par plusieurs personnes dès l’automne 2020. A la connaissance de Camille Gonzales, «les proches de nos bénéficiaires ne s’identifient pas à QAnon.» Elle relève par contre «des sensibilités fortement conservatrices et millénaristes lorsque les théories complotistes se conjuguent à un univers religieux. Le vaccin contre le Covid est ainsi présenté par certains chrétiens comme la «marque de la bête» évoquée au chapitre 13 de l’Apocalypse.»

Combien d’adeptes la constellation QAnon compte-t-elle en Suisse? Impossible à dire. «L’impact reste difficilement quantifiable, en raison des degrés divers d’adhésion, et des appropriations et reformulations diverses, répond le Centre intercantonal d’information sur les croyances. Mais les ramifications se situent en proximité avec le milieu coronasceptique, contestataire anti-mesures covid, et anti-système (anti-5G, anti-vaccins). Au niveau politique, QAnon a fait des apparitions dans les discours de l’UDC.» En août 2020, sur son blog, le conseiller communal et chef de groupe de Renens Stéphane Montabert estimait ainsi que «Q et QAnon ont le mérite de transmettre des informations dérangeantes sur certaines pratiques d'une élite dégénérée [...] et de les diffuser au sein du grand public.»

Sur les différents canaux, le délire se poursuit. En novembre dernier, la – fausse – annonce de l’arrestation de Klaus Schwab à son domicile suisse, tout comme celle du patron de Pfizer par le FBI, tournent en boucle. Citons, parmi autres fadaises particulièrement choquantes, cette vidéo prétendant montrer un bébé «transhumain, né d’une mère vaccinée». La morphologie, la petite taille et les veines très apparentes de ce bébé souriant nous ont immédiatement fait penser qu’il était atteint d’une maladie du vieillissement similaire à la progéria. En peu de temps, nous avons retrouvé la vidéo d’origine sur le compte Instagram de la maman, une Soleuroise. Né en 2019, le bébé, Eline Leonie, est mort cette année des suites de sa maladie, le syndrome progéroïde néonatal (NPS). Ou comment récupérer une histoire tragique pour mieux assouvir ses fantasmes et nourrir ses craintes.

Mais il faut des heures et des heures pour contrôler les «informations», images, extraits d’interviews et chiffres alarmistes, qui se déversent par centaines tous les jours, dans un flot ininterrompu, répétitif, hypnotique et qui s’autoalimente, sur les différents groupes Telegram, francophones et germanophones, que nous avons suivis pendant quelques jours. Sur le groupe germanophone Qlobal-Change, qui arbore drapeaux allemand, suisse et autrichien (plus de 143 000 inscrits), les informations concernent surtout le «Deep State» aux Etats-Unis et le procès en cours de l’ex-compagne de Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell. 

QAnon

“QAnon pastel”. Le terme du chercheur canadien Marc-André Sorentino se réfère aux messages pro-QAnon sur des comptes holistiques Instagram, par le biais de messages édulcorés. Désormais, des comptes comme celui-ci prennent soin d’afficher leur opposition à QAnon.

Instagram

Sur le groupe AH2020 (pour Alliance Humaine, plus de 20 000 membres) du Français Antoine Cuttitta, qui revendique son adhésion à QAnon, on salue «ce village suisse qui a refusé les chasseurs de primes» (comprendre les bus de vaccination) et on relaie le but ultime de la vaccination de masse: «la solution finale à la surpopulation». Le Grand Réveil (97 000 inscrits) signale «l'augmentation de 278% des décès par crise cardiaque des joueurs de football en 2021», tandis que Le Grand Reset (19 000 membres) partage une vidéo évoquant une augmentation de «24 000% de déclarations de décès en Allemagne depuis la vaccination», preuve du «plan de dépopulation planifié par les talmudistes» (comprendre les juifs).

Sur le sien (3700 inscrits), Chloé Frammery, qui déclarait au soir du 28 novembre, place de la Riponne à Lausanne, que «la guerre n’est pas finie», tout en dénonçant pêle-mêle «les injections expérimentales» et le prétendu réchauffement climatique, dû en réalité aux «cycles du soleil». «Bienvenue dans le meilleur des mondes», ironise-t-elle. Un sondage du groupe Q_Swisspatriot Schweiz (800 inscrits) interroge sur «l’agenda politique du covid»: le «Nouvel Ordre Mondial», répondent très largement les votants. Sur le groupe AH2020, une membre confie ses difficultés à convaincre ses proches, mais insiste: «Faut persévérer si on arrive à réveiller une ou deux personnes, ça peut sauver des enfants.»

Sauver des enfants, au moins une: c’est bien ce qu’ont cru faire ceux qui ont aidé, en avril dernier, la mère de la petite Mia dans sa fuite des Vosges jusqu’à un squat de Sainte-Croix (VD). Lola M. était membre du groupe One Nation, mouvance française qui appelle à faire sécession d’avec l’Etat. C’est sur Telegram qu’on lui aurait conseillé de prendre contact avec Rémy Daillet-Wiedemann, sulfureuse figure hexagonale du conspirationnisme. Soupçonné d’être l’organisateur de l’enlèvement de Mia et mis en examen en juin dernier après son expulsion de Malaisie, l’homme a de nouveau été mis en examen en octobre, avec une douzaine d’autres personnes, pour «association de malfaiteurs terroriste». L’équipe envisageait des «projets de coups d’Etat et d’autres actions violentes». L’affaire a laissé des traces en Suisse: deux femmes ont été condamnées par la justice cet automne pour avoir hébergé ou aidé Mia et sa mère, ont révélé «Le Matin Dimanche» et «La Liberté».

Les autorités de surveillance suisses sont-elles inquiètes? Délégué au Réseau national de sécurité, André Duvillard répond: «Si l’on prend les opposants à la loi covid, on a vu une petite minorité des opposants tenir des propos extrémistes et même faire usage de la violence, comme lors de manifestations devant le Palais fédéral. Mais on ne peut pour autant parler de mouvement extrémiste violent. Néanmoins, de tels événements impliquent de rester vigilant. Les complotistes ou autres militants de mouvements comme QAnon susciteront l’intérêt des autorités sécuritaires dès que les propos ou l’idéologie qu’ils véhiculent s’en prendront au fondement de notre état démocratique.»

Pour Pascal Wagner-Egger, la fin de la pandémie n’effacera pas tout. «Cela risque de laisser des traces, une sorte de méfiance diffuse envers les institutions et la démocratie, qui pourra se raviver à tout moment.» Pour l’heure, les ravages continuent. Quelque part en Suisse, Daniel* a vu les liens de sa famille exploser après s’être disputé avec un oncle opposé aux vaccins et à la «dictature nazie» et vu sa grand-mère adhérer à des théories comme celle des «Deep Underground Military Bases», des bases souterraines militaires dans lesquelles seraient enfermés des milliers d’enfants de par le monde et dont la libération provoquerait des mouvements sismiques. «Ma grand-mère m’a recommandé de faire des réserves en prévision du grand changement qui s’annonce, soupire-t-il. Ce qui est sûr, c’est qu’à Noël je serai seul avec ma mère.»

* Les personnes interrogées ont demandé l’anonymat.


Besoin d’aide:

● Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC), Genève: cic-info.ch

Pôle Rhizome, service confidentiel d'information, de conseil et d'accompagnement sur les questions religieuses et idéologiques: pole-rhizome.ch

Par Albertine Bourget publié le 17 décembre 2021 - 08:36