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© Pierre Montavon

«En zone sale, pas besoin d’aller au fitness!»

Publié mercredi 20 mai 2020 à 07:55
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Publié mercredi 20 mai 2020 à 07:55 
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Depuis quatre ans, Mathias Frei, 30 ans, est employé en blanchisserie à l’Hôpital du Jura. Un travail éprouvant que l’arrivée du coronavirus a encore compliqué. Huitième épisode de notre série sur «Les héros du quotidien».
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Dans les hôpitaux suisses, les employés en blanchisserie sont discrets. Invisibles. A Porrentruy, ils sont 20 – six hommes et 14 femmes – à évoluer dans une atmosphère saturée d’humidité et souvent surchauffée. Leur rôle? Trier, laver, sécher, repasser. Ces forçats de la lessive traitent jusqu’à 3 tonnes (!) de linge par jour, Covid-19 oblige.

«C’est astronomique», lance Mathias Frei, 30 ans, Jurassien de sang brésilien, fines lunettes, dreadlocks au vent. Installé à Bassecourt (JU) avec sa copine, cet ancien international suisse de skater-hockey et ex-moniteur de ski alpin Jeunesse+Sport est né à São Paulo. Adopté à 1 an par un couple d’enseignants, comme son frère aîné africain et sa petite sœur d’origine roumaine, il a grandi à Delémont. Fâché avec l’école, il n’a trouvé sa voie qu’après deux échecs en apprentissage.

Entre le tri du linge, le tunnel de lavage et la calandre, Mathias Frei ne s’ennuie pas. L’ambiance au sein de l’équipe? «Niveau mixité, c’est une vraie petite planète: on a de la chance!»

Les sacs contenant blouses, draps, chemises, alèses et linges de cuisine, notamment, pèsent jusqu’à 30 kg. Il faut les répartir avec méthode, surtout en zone sale, réservée aux hommes. «On transpire beaucoup. Pas besoin d’aller au fitness! Je perds jusqu’à 2 kilos par jour!» Avec le coronavirus, la cadence s’est accélérée. «Comme le personnel soignant doit se changer deux à trois fois par jour, les machines tournent maintenant sept jours sur sept.»

Pour se protéger, chaque employé a dû ajouter charlotte et masque aux gants et à la surblouse qui faisaient déjà partie de la panoplie de base. «Au début, les infos étaient rares et l’inquiétude palpable, se souvient-il. Moi, j’ai surtout eu peur pour mes collègues plus âgés qui doivent passer en zone sale. Aujourd’hui, en pause, on parle d’autre chose que du virus: ça fait du bien.» Mathias pense que cette crise a valorisé son travail. Son salaire suivra-t-il une courbe ascendante? A voir.

Pour lui, l’argent ne fait pas tout. «Ce qui me manque le plus? Ma famille, les câlins, nos repas: chez nous, nous sommes vraiment très soudés.»

>> Lire les sept autres volets de la série «Les héros du quotidien»:

- Le croque-mort vaudois
- Le chauffeur poids-lourds vaudois
- L'infirmière indépendante vaudoise
- Le pompier genevois
- La pharmacienne de Courgenay (JU)
- Le boulanger de Courtételle (JU)
- La directrice d'un foyer pour femmes en détresse à Lausanne


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